Inde : des femmes se rebellent contre les couvre-feu qui leur sont imposés

 En Inde, des femmes protestent contre les couvre-feu : elles ne veulent plus de ces mesures discriminatoires qui leur interdit de sortir tard le soir.

"Pinjra Tod", pour "briser la cage", est une campagne qui dénonce les couvre-feu destinées uniquement aux femmes en Inde. (Photo Twitter)
” Pinjra Tod”, pour “briser la cage”, est une campagne qui dénonce les couvre-feu destinées uniquement aux femmes en Inde. (Photo  Twitter)

Exceptionnellement, comme deux fois par mois sur certains « campus » en Inde, les femmes ont la permission de sortir jusqu’à 22 heures. Rassurez-vous, les autres jours, c’est 19h30. Autant dire que quand l’université Jamia Milia Islamia, à Delhi, a décidé de supprimer ces « nuits prolongées » bimensuelles, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le Global Post nous parle de « Pinjra Tod » (« briser la cage »), un mouvement né pour dénoncer ces couvre-feu discriminatoires.

Bien entendu, ces restrictions ne s’appliquent qu’aux femmes. Dans les « hôtels » gérés par les universités, elles doivent rentrer plus tôt que leurs homologues masculins, et ce peu importe leur âge. Pour justifier ces règles, les institutions invoquent la protection des femmes, dans un pays où les taux d’agressions liées au genre et de viols sont très élevés. La solution toute trouvée n’est donc pas de s’attaquer aux auteurs de ces actes, mais à leurs potentielles victimes ; elles ne doivent pas rentrer trop tard ou encore ne pas porter des jupes trop courtes. Un raisonnement qui insurge Devangana Kalita, étudiante de Delhi à l’origine de la campagne Pinjra Tod :

« On nous dit tout le temps que c’est pour notre propre sûreté et sécurité, mais l’université ne fait rien pour faire mettre en place des mesures comme des comités de plainte contre les agressions sexuelles ».

Certaines Indiennes ont donc décidé de se rebeller contre ces règles qu’elles qualifient de « moralisatrices ». « L’université nous infantilise. Elle nous donne l’impression qu’on est des petites filles, et que nous avons besoin d’être protégées », s’indigne Devangana Kalita. Même genre de remarque dans une chronique de DailyO :

« Tu lui apprends [à la femme] à baisser la tête plutôt qu’à se battre pour elle et pour sa vie ».

Qu’on ne s’y trompe pas : ces restrictions sont aussi un moyen de garder une société traditionnelle, décrit Shilpa Phadke, experte dans les médias et la culture à Mumbaï, sur la Public Radio International : ce n’est pas tant une question de peur que ces femmes se fassent agresser, mais plutôt qu’elles « tombent amoureuses du mauvais garçon ».

Ces couvre-feu apparaissent d’autant plus inutiles lorsque l’on sait que des agressions ont également lieu le jour, et que, comme le rappelle l’auteure de l’article sur PRI, « la grande majorité des agressions sur les femmes dans le monde se passent dans des lieux privés, et les agresseurs sont souvent des proches des victimes ».

Pour tenter d’obtenir des explications sur ces mesures discriminatoires, une pétition a été adressée à la Commission de Delhi pour les femmes, un organe gouvernemental.

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