Depardieu bientôt mécano dans un film financé par le contribuable biélorusse

(Photo Flickr/ Tom Lee KelSo)
(Photo Flickr/ Tom Lee KelSo)

En juillet dernier, il fauchait les foins avec son nouvel ami Alexandre Loukachenko, le président biélorusse. Aujourd’hui, il s’apprêterait à tourner dans un film en partie financé par ce dernier, enfin plutôt par les contribuables biélorusses, comme le rapporte un récent article du site d’information Belsat.

La nouvelle a été révélée par Nikolai Bordachev, directeur du Gosfilmofond (l’organisme d’État qui gère les archives centrales du cinéma en Russie) et ami de longue date de l’acteur, au journal russe Izvestia. À en croire ce dernier, le président biélorusse aurait décidé d’allouer la somme de deux millions de dollars américains (soit environ 1,79 million d’euros) à la production d’un film sur le Régiment de Chasse Normandie-Niemen — la seule unité de combat de l’Armée de l’air française, composée de volontaires, à avoir lutté aux côtés des Soviétiques contre les Allemands au cours de la Seconde Guerre mondiale.

« Immédiatement après la visite de Gérard Depardieu en Biélorussie, [Loukachenko] a convoqué le ministre des Finances et demandé que l’on trouve cet argent. À l’heure actuelle, nous travaillons là-dessus, et quant au producteur de Gérard Depardieu, il est en train de régler les questions pratiques », a ainsi expliqué Bordachev au journal russe. Selon le Moscow Times, le film serait vraisemblablement une coproduction franco-biélorusso-russe.

Au pouvoir depuis maintenant plus de 21 ans, Alexandre Loukachenko, 61 ans, avait déjà récemment mandaté la réalisation d’un autre blockbuster entièrement financé par l’argent des caisses de l’État biélorusse : We Are Brothers, un film qui revient sur les évènements qui ont suivi les élections présidentielles de 2010. Cette (mauvaise) parodie de film d’action — qui a tout de même coûté la bagatelle de deux millions de dollars à l’État — met en scène les membres du service de sécurité du président, principaux protagonistes, exécutant à la lettre les ordres de Loukachenko, notamment pour réprimer avec succès des manifestations organisées par des opposants au régime. Rappelons que la Biélorussie demeure un régime autocratique, qui s’applique encore de nos jours à mériter son surnom de dernière dictature d’Europe.

Gérard Depardieu de son côté, citoyen russe par décret depuis 2013 à la suite de son exil fiscal, n’a cessé de multiplier les déclarations d’amour envers sa nouvelle patrie — tout du moins quand il n’est pas occupé à jouer dans des publicités en lisant un prompteur, comme celle-ci pour une montre de luxe suisse.

Conséquence logique, le nombre de ses « nouveaux amis » russes ou prorusses n’a de cesse d’augmenter. Outre bien sûr le président russe Vladimir Poutine, l’acteur des Valseuses s’entend à merveille avec un autre autocrate, tchétchène celui-là, Ramzan Kadyrov. En 2013, à la suite d’une visite dans cette république constitutive de la Fédération de Russie, dont il a d’ailleurs été consacré citoyen d’honneur, Depardieu avait déjà déclaré, au plus grand plaisir du président du gouvernement tchétchène, avoir l’intention de jouer dans deux films en Tchétchénie. À noter, que Loukachenko fait d’ailleurs pâle figure en matière de cinéma à côté d’un Kadyrov qui un peu plus tôt cette année a tenu le rôle principal dans un film d’action, du moins à en croire son compte Instagram.

On l’aura bien compris, Depardieu fait tout pour montrer qu’il aime sa nouvelle patrie. En revanche, il est légitime de se poser de sérieuses questions quant à sa maîtrise de la géopolitique. En août de l’année dernière, il avait par exemple déclaré « [aimer] la Russie et l’Ukraine, qui fait partie de la Russie ». Des propos qui, sans surprise, ont valu à l’acteur d’être interdit d’entrée sur le territoire ukrainien pour les cinq prochaines années sur demande du ministère ukrainien de la Culture.

Fidèle à lui-même, dans une interview accordée le 6 septembre dernier à TVMAG, l’acteur de 66 ans s’est encore épanché sur la France, ce pays dont il ne « veu[t] plus faire partie », et dont le « fisc l’emmerde ». Pas d’inquiétude cependant, son calvaire serait sur le point de s’arrêter. L’acteur aurait en effet prévu de « tout vendre en France » avant de déménager prochainement « chez les paysans » en Biélorussie, « car c’est beau et que le président est un homme sympa ». Un « homme sympa » qui a malgré tout déclaré en 2011 « ne pas aimer les pédés » et conseillé au ministre allemand des affaires étrangères, ouvertement homosexuel, de mener une “vie normale”.

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