La TV russe annonce une météo idéale pour bombarder la Syrie

 Le 3 octobre dernier, quelques jours seulement après les premières frappes de l’armée russe en Syrie, la chaîne Rossiya 24 diffusait à l’antenne un bulletin météorologique totalement surréaliste. Ce dernier mettait l’emphase pendant près de trois minutes sur l’existence de conditions météorologiques très favorables au bombardement de ce pays arabe du Proche-Orient.

(Capture d'écran  Vesti.ru)
 A en croire cette chaîne de télévision russe, la météo serait actuellement idéale pour bombarder la Syrie.
(Capture d’écran  Vesti.ru)

Excellentes”. C’est le qualificatif choisi par la chaîne d’information en continu étatique russe Rossiya 24 pour décrire les conditions météorologiques en Syrie, le 3 octobre dernier, dans un bulletin au ton surréaliste. Pourtant, ce qui serait certainement considéré comme une bonne nouvelle en temps normal, l’est tout de suite beaucoup moins lorsque l’on connait la raison qui pousse les Russes à s’intéresser au temps qu’il fait en Syrie.

Le 30 septembre dernier, l’armée russe a mené ses premières frappes aériennes en Syrie, au prétexte que « prendre de vitesse, combattre et détruire les terroristes sur les territoires qu’ils contrôlent sans attendre qu’ils arrivent chez nous » serait le « seul moyen efficace de combattre le terrorisme international », pour reprendre les mots du président russe Vladimir Poutine. Depuis, les bombes ne cessent de tomber. Plus d’une centaine de vols aurait déjà eu lieu, comme le rapporte le Guardian.

A en croire la Russie, ces frappes ne visent que « l’Organisation de l’État islamique (OEI) et autres extrémistes ». Mais selon d’autres sources, nombreuses, leur cible prioritaire serait pour l’instant les forces rebelles opposées au président syrien Bachar el-Assad.

Quoi qu’il en soit, la bataille pour conquérir le cœur et l’esprit des Russes fait rage à l’intérieur du pays. Afin de convaincre les citoyens russes du bien-fondé d’une intervention à laquelle ils demeurent majoritairement opposés, le Kremlin n’a pas hésité à utiliser tous les moyens de communication à sa disposition, y compris l’un des plus improbables d’entre eux : la météo.

« En Syrie, octobre est généralement un moment particulièrement propice aux vols » explique ainsi, pendant près de trois minutes, la présentatrice météo de la chaîne Rossiya 24. En fond, températures moyennes et vitesse du vent dans la région alternent avec images de supersoniques russes et de panaches de fumée provoqués par l’explosion de bombes au sol. « Il ne pleut environ qu’une fois tous les dix jours et les précipitations les plus importantes, jusqu’à 18 millimètres d’eau, sont généralement observées dans le nord du pays, où opère actuellement l’armée de l’air russe », ajoute-t-elle avant d’assurer au spectateur que « cela ne peut pas sérieusement affecter les bombardements en cours ».

Pas de raison non plus de s’inquiéter des températures : « Le thermomètre atteint rarement plus de 35 degrés à cette période de l’année en Syrie, température limite à ne pas dépasser pour ce type de vols ». De même, la couverture nuageuse, qui se fait plus dense à l’approche de l’hiver, ne devrait pas contrarier les opérations en cours, car les nuages se trouvent généralement quatre à dix kilomètres au-dessus du niveau du sol, c’est-à-dire plus haut que « l’altitude optimale pour bombarder ». Enfin, sur le sujet des tempêtes de sable — qui pourraient, elles, réellement mettre un frein aux ambitions russes —, il convient de rappeler qu’elles ne se produisent « que très rarement en Octobre ».

Ce n’est pas la première fois que la télévision russe décide d’entremêler politique et prévisions météorologiques, comme le fait très justement remarquer le site d’information de Radio Free Europe / Radio Liberty. En décembre 2013, toujours sur la chaîne Rossiya 24, le présentateur météo Vadim Zavodchenkov faisait un lien hasardeux entre l’arrivée de l’hiver et la détérioration du climat politique en Ukraine. En janvier 2014, ce même présentateur incitait les Ukrainiens descendus dans la rue à rentrer chez eux pour éviter d’inhaler les vapeurs toxiques se dégageant des nombreux pneus brûlés par les manifestants. Mais c’est en avril 2014 qu’il s’était montré le plus inspiré. Il avait en effet fait remarquer que des « nuages s’amoncelaient dans le ciel » au-dessus de la région de Donetsk et qu’il fallait s’attendre à des « rafales de vent — peut-être un vent de changement dans cette région d’Ukraine — au cours du week-end ».

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