Uruguay : Deux ans après la légalisation, des entreprises autorisées à cultiver du cannabis

 L’Uruguay vient de donner la permission à deux petites entreprises privées, Symbiosis et ICCorp, de faire pousser légalement près de deux tonnes de cannabis par an dans le pays. À la suite de cette annonce, le gouvernement a également promis que du cannabis serait disponible en pharmacie d’ici huit mois.

(Photo Flickr/ Global Panorama)
(Photo Flickr/ Global Panorama)

Il y a deux ans, l’Uruguay, petit pays d’Amérique du Sud, faisait les gros titres de la presse internationale en adoptant une loi sur la légalisation du cannabis. Et pour cause, le texte approuvé par le Sénat uruguayen légalisait non seulement la production, mais aussi la vente et la consommation de cette drogue douce dans le pays. Tout cela sous l’autorité de l’État, ce qui constituait à l’époque une expérience inédite à l’échelle planétaire. La décision avait d’ailleurs été immédiatement dénoncée par l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS).

Il aura cependant fallu attendre deux ans pour que le gouvernement uruguayen ne délivre finalement, jeudi dernier, des permis autorisant des entreprises privées à faire pousser légalement du cannabis dans le pays, comme le révèle un récent article du Global Post. Pour l’heure, elles sont deux, Symbiosis et ICCorp, de jeunes startups, financées par des capitaux locaux et internationaux, et jusque-là relativement inconnues du grand public.

Ces dernières auront le droit de faire pousser légalement près de deux tonnes de cannabis par an. Selon le El Pais uruguayen, les plantes pousseront à proximité d’une prison de la ville de Libertad, à l’ouest de la capitale uruguayenne de Montevideo. Un site qui devrait être protégé à toute heure du jour et de la nuit par des forces armées répondant directement aux ordres du ministère de l’Intérieur.

En théorie, cette décision, longtemps attendue, rapproche encore un peu plus le pays du moment où il sera possible d’acheter et de consommer légalement du cannabis autorisé par l’État. D’autant plus que le gouvernement a aussi annoncé dans la foulée que le cannabis produit par ces deux entreprises devrait arriver en pharmacie d’ici environ huit mois.

Certains doutent malgré tout de cette possibilité. Dans les faits, ce ne serait pas la première fois que le gouvernement uruguayen assurerait à ses citoyens que du cannabis sera bientôt disponible légalement à la consommation sans que rien ne se passe. Il y a deux ans, le gouvernement uruguayen avait initialement prévu de faire pousser lui-même du cannabis. Quelques mois plus tard, les législateurs annonçaient qu’il avait changé son fusil d’épaule et que cette tâche reviendrait finalement à des entreprises privées. À l’époque, le nombre de trois à cinq entreprises, locales, voire potentiellement internationales, avait été avancé.

Après une nouvelle période de silence, le pays a annoncé en février dernier que le gouvernement autoriserait finalement cinq entreprises privées à produire du cannabis dans les semaines à venir. Le gros de l’été se sera terminé sans qu’aucune annonce ne soit faite de ce côté-là. Fin août enfin, le quotidien uruguayen El Pais écrit que le gouvernement rendra publique sa décision finale le 3 septembre. Il va sans dire qu’aucune annonce n’aura été faite à ce sujet ce jour-là. On peut donc comprendre pourquoi aujourd’hui, après un revirement totalement inattendu, beaucoup restent dubitatifs.

Quoi qu’il en soit, les responsables du programme uruguayen ont confirmé que le cannabis sera vendu au prix d’1,20$ le gramme (soit environ 1,06 euro), soit bien moins cher que le prix actuel du marché dans les zones des États-Unis où il est légal d’acheter du cannabis. Plusieurs experts de l’industrie ont d’ailleurs fait remarquer que le gouvernement aura certainement beaucoup de mal à maintenir longtemps de tels tarifs.

Autre problème de taille, de nombreux pharmaciens ont également menacé de démissionner s’ils se voient contraints de vendre du cannabis. Un problème que le gouvernement serait actuellement en train d’essayer de résoudre en rédigeant avec l’aide de l’association nationale des pharmaciens du pays une charte encadrant la vente de cannabis au public.

En résumé, il est maintenant possible de dire avec certitude qu’il y aura bientôt du cannabis en vente dans les pharmacies uruguayennes. Enfin, peut-être.

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