Les femmes turques et indiennes peu préoccupées par l’inégalité au travail

 Une nouvelle étude réalisée par l’institut Ipsos MORI auprès de 9 500 femmes venant de divers pays du G20 sur leur vision du monde du travail révèle que ces dernières ont bien souvent tendance à demeurer silencieuses face aux inégalités. Un phénomène particulièrement visible dans les sociétés les plus inégalitaires.

(Photo @Bold content)
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Comment les femmes vivent-elles le monde du travail ? Quelles sont leurs principales craintes ? Ce mardi sont parus les résultats d’une étude basée sur les témoignages de 9 500 femmes venant de divers pays du G20 réalisée par l’institut Ipsos MORI. Commanditée par les fondations Thomson Reuters et Rockefeller, l’étude s’applique à mieux cerner la manière dont les femmes perçoivent le monde du travail.

En ressort cinq préoccupations majeures : l’équilibre vie de travail/vie de famille, suivi de l’égalité des salaires, des opportunités de carrières, du problème du harcèlement au travail, et enfin du fait de pouvoir avoir des enfants sans craindre pour sa carrière. Le deuxième élément a de quoi retenir particulièrement l’attention. « Les femmes se rendent de plus en plus compte qu’elles gagnent moins que les hommes pour le même travail », résume notamment le synopsis de cette étude.

Pourtant, si l’égalité des salaires se révèle être la première des préoccupations des Américaines, Françaises, Canadiennes ou encore Allemandes, il n’en est pas de même partout. En effet, le véritable intérêt de cette étude est de souligner que dans les pays où l’écart de salaire hommes/femmes est le plus significatif, les femmes ne semblent pas s’en préoccuper particulièrement. La Turquie et l’Inde représentent des exemples particulièrement probants. Dans ces deux pays où l’inégalité salariale se fait particulièrement ressentir — les données du World Economic Forum ont démontré que la Turquie se classe à peine plus haut que l’Inde concernant l’écart de salaires hommes/femmes —, seule respectivement une femme sur cinq et une sur quatre ne considère le manque d’égalité en terme de salaires et d’opportunités de carrière comme un problème majeur.

Une vision biaisée

Selon un entrepreneur turc interrogé par la fondation Thomson Reuters, les inégalités dans le monde du travail « sont une norme ». « J’aimerais que les femmes en parlent, mais elles choisissent de ne rien dire car elles pensent souvent que c’est comme cela que ça fonctionne », continue-t-il. Une apparente contradiction, qui a été plusieurs fois mise en avant par les théories féministes postcoloniales et qui peut s’expliquer par le fait que les femmes ne se battent pas pour les mêmes acquis sociaux que la femme occidentale.

Pour le professeur Ayse Ayata, qui enseigne l’étude des genres à l’université d’Ankara, cela souligne l’existence de schémas de pensée profondément ancrés au sein de la société turque. « Il y a une idée communément admise qui veut que si les femmes ont un travail, cela signifie qu’il y en aura moins pour les hommes. Pendant longtemps, le gouvernement n’a donc pas encouragé le travail des femmes », explique-t-il. Rappelons que l’an dernier encore le président turc déclarait : « les hommes et les femmes ne sont pas égaux : c’est contre nature ».

Toujours selon l’étude, près de la moitié des femmes turques interrogées pensaient recevoir le même salaire que les hommes pour le même travail. En Inde, elles sont 61% à penser la même chose. Une récente étude du McKinsey Global Institute a pourtant bien démontré que réduire le fossé salarial hommes/femmes pourrait générer 12 000 milliards de dollars supplémentaires pour l’économie mondiale.

Autre découverte, un quart des Indiennes interrogées ont déclaré avoir été victimes de harcèlement au travail. Cependant, il s’avère qu’elles auraient plus tendance à aller dénoncer ce type de comportement que les autres femmes des pays du G20. Ainsi, 53% d’entre elles déclarent qu’elles iront systématiquement, ou presque, rapporter des faits de ce genre — contre seulement 21% en Turquie. Selon l’étude, cela pourrait avoir un lien avec l’importante couverture médiatique du traitement des femmes dans ce pays.

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