Chine : Une entreprise reverse une partie du salaire de ses employés à leurs parents

 Une entreprise chinoise a décidé de reverser directement 5 à 10% du salaire de ses employés à leurs parents. Une mesure qui, sans être isolée dans le pays, a fait réagir les internautes.

Donner de l'argent à ses parents est une manifestation de la piété filiale, née de la philosophie de Confucius. (Photo Flickr - haru__q)
 Donner de l’argent à ses parents serait une manifestation de la piété filiale, selon la philosophie de Confucius. (Photo Flickr/ haru__q)

En Chine, la piété filiale est une valeur clé tirée de la philosophie de Confucius. Le respect de ses parents, et de ses ancêtres en général, fait partie des vertus traditionnelles essentielles de la société chinoise. D’ailleurs, elle est si essentielle que certaines entreprises s’en font le relai. C’est notamment le cas d’une chaîne de salon de beauté qu’a récemment évoqué le Ghangzhou Daily. La BBC rapporte que cette compagnie oblige même ses employés à donner une partie de leur salaire à leurs parents, le tout au nom de cette fameuse piété filiale.

Traditionnellement, de nombreux enfants chinois choisissent — ou sont contraints, souvent par leur mère, comme le constate ce billet paru sur What’s on Weibo — de donner une partie de leur revenu à leurs parents, une fois qu’ils ont un travail stable. C’est une façon de montrer leur reconnaissance à ceux qui les ont élevé.

Sauf que dans cette chaîne de salon de beauté, la tradition s’est transformée en clause contractuelle. Ainsi, sur 3000 yuans (environ 413 euros) gagnés en moyenne par les employés célibataires, l’entreprise reversera 10% à leurs parents, et 5% dans le cas de ceux qui sont mariés. En échange, précise la BBC, ces salariés bénéficient d’une compensation qui varie entre 100 et 300 yuans selon leur ancienneté dans l’entreprise. Des « cours » revenant sur les principes de la piété filiale leur sont aussi dispensés.

Pour la porte-parole de cette chaîne d’esthétique, Lu-Meiye, cette mesure est un bon moyen d’« inspirer le respect envers leurs parents » à des employés majoritairement « jeunes, peu éduqués, et originaires de zones rurales ». L’entreprise a mis cette pratique en place en 2012. Cependant, si elle fait parler d’elle aujourd’hui, c’est surtout parce qu’elle doit maintenant être approuvée par les nouvelles recrues, explique Lu-Meiye :

« Ceux qui ne sont pas d’accord avec ça ne seront pas embauchés »

Sur Internet, et notamment sur l’équivalent chinois de Twitter, Weibo, les réactions n’ont pas tardé à se faire entendre. D’un côté, certains accueillent la mesure avec enthousiasme, y voyant le moyen de remettre les jeunes, qui ne respectent pas leurs aînés, sur le droit chemin. D’autres restent perplexes, comme JiajiaPC, cité par la BBC :

« Les intentions de la compagnie sont bonnes, mais ses méthodes sont trop musclées. La piété filiale devrait venir naturellement du cœur »

Dans le même sens, un autre internaute, JibekeshiHMJ, s’indigne :

« Ça déforme le sens du devoir civique. Et c’est aussi une intrusion dans les problèmes privés qui devraient rester entre l’employé(e) et sa famille »

Depuis quelques années, cette « intrusion » semble prendre de l’ampleur. La compagnie blâmée ici n’est pas la seule à recourir à ce genre de méthodes, comme le fait remarquer Mashable. Dernièrement, même l’État tente de (ré)introduire certaines valeurs par le biais de lois : depuis 2013, un texte encourage vivement les enfants à rendre visite à leurs aînés, sous peine d’amende voire d’emprisonnement.

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