Le commerce de l’ivoire pourrait être totalement interdit en Chine d’ici moins d’un an

 Le mois dernier, les États-Unis et la Chine semblaient être tombés d’accord pour interdire, presque complètement, l’achat et la vente d’ivoire dans leur pays respectif. Malgré tout, les promesses du président chinois Xi Jinping, alors en visite à Washington, étaient restées (volontairement ?) très vagues. La semaine dernière, un haut fonctionnaire américain a laissé entendre que cette interdiction pourrait bien entrer en vigueur d’ici moins d’un an.

(Photo Flickr/ International Fund for Animal Welfare Animal Rescue Blog)
(Photo Flickr/ International Fund for Animal Welfare Animal Rescue Blog)

Serait-ce bientôt la fin du trafic d’ivoire ? Il y a, plus que jamais, des raisons de l’espérer. Le mois dernier, le président chinois Xi Jinping, en visite à Washington, annonçait que la fin du commerce légal d’ivoire n’avait jamais été aussi proche dans son pays. Cependant, peu de détails avaient jusqu’alors filtré concernant le calendrier et les termes précis de cette décision.

Il aura fallu attendre la semaine dernière pour qu’un haut fonctionnaire américain relaye l’information selon laquelle l’interdiction chinoise pourrait bien entrer en vigueur d’ici moins d’un an. Celle-ci devrait bien concerner le commerce d’ivoire dans son ensemble, à seulement quelques exceptions près, comme le rapporte un article du Washington Post. Une telle décision pourrait avoir des conséquences très positives pour la survie des différentes espèces d’éléphants d’Afrique — nous vous expliquions la semaine dernière encore la manière dont les actes de braconnage visant les éléphants du Mali représenteraient une source de financement pour les groupes terroristes dans la région.

« Cet engagement est partagé par tous, jusqu’au président Xi. », a ainsi expliqué Catherine Novelli, la sous-secrétaire américaine à la croissance économique, l’énergie et l’environnement, par téléphone au Washington Post. Cette dernière a confirmé que le commerce de l’ivoire sera bientôt interdit en Chine à « quelques rares exceptions près » (on peut par exemple penser aux instruments de musique en ivoire ou aux antiquités).

Cette potentielle interdiction de l’achat et de la vente d’ivoire par la Chine fait directement écho à l’annonce récente du président américain Barack Obama de la prochaine mise en place de réglementations, extrêmement sévères, concernant le commerce d’ivoire aux États-Unis. Ces dernières devraient engendrer une diminution importante des ventes dans un pays qui demeure de nos jours l’un des plus gros acheteurs d’ivoire du monde. Certaines conséquences sont d’ailleurs d’ores et déjà tangibles. Ainsi, la Californie est par exemple devenue ce mois-ci le troisième État à interdire presque complètement le commerce d’ivoire.

C’est cependant la Chine qui reste considérée, de loin, comme le plus grand marché du monde pour le commerce de cet or blanc, et ce de manière aussi bien légale qu’illégale. Il existe en effet dans le pays un secteur économique entier qui repose sur la sculpture de l’ivoire. Cet art vieux de 2000 ans est même tellement apprécié au sein de l’Empire du Milieu qu’il fait partie de son patrimoine culturel immatériel national. Pourtant, l’ivoire, matière première de cet art millénaire, a beau sur le papier provenir d’anciens stocks, le fait qu’une grande quantité provienne directement du braconnage illégal en Afrique n’est un secret pour personne.

Lorsqu’il lui a été demandé par le passé de mettre un terme à ce trafic, le pays a souvent avancé que la sculpture de l’ivoire faisait partie intégrante de son héritage culturel. Un argument largement passé de date, surtout depuis que la Chine a commencé à réaliser l’impact négatif de son rôle de mécène du braconnage sur sa réputation, particulièrement en Afrique où elle possède de nombreux intérêts économiques.

Saisie de défense d'éléphants, de cornes de rhinocéros et de peaux de léopards issues du braconnage à Hong Kong, en 2013. (Photo Flickr/ International Fund for Animal Welfare Animal Rescue Blog)
Une saisie de défenses d’éléphants, de cornes de rhinocéros et de peaux de léopards, le tout issu du braconnage illégal au Nigeria, à Hong Kong, en 2013. Valeur estimée : quatre millions d’euros.
(Photo Flickr/ International Fund for Animal Welfare Animal Rescue Blog)

Comme le fait très justement remarquer le Washington Post, c’est maintenant vers Hong Kong que tous les regards sont braqués, à juste titre. L’ancienne colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997 est devenue, au fil des années, l’une des plateformes tournantes du commerce mondial d’ivoire (et du trafic illégal ou légal d’espèces sauvages de manière générale), les autorités de la région s’étant toujours montrées particulièrement réticentes à l’idée de mettre un terme au trafic légal de cet or blanc.

« Hong Kong a toujours été la machine à blanchir l’ivoire du monde », explique ainsi au journal Peter Knights, le directeur exécutif de l’ONG WildAid basée à San Francisco. En page d’accueil du site Internet de l’ONG, un reportage d’investigation est d’ailleurs consacré au sujet. On y apprend notamment que 90% des objets en ivoire vendus sur l’île termineraient dans les poches de touristes en provenance de la Chine continentale.

En l’espace de 35 ans, la population totale des éléphants d’Afrique est passée de près de 1,2 million à moins de 500 000 de nos jours. Dans l’état actuel des choses, selon les prévisions les plus pessimistes, certaines populations d’éléphants, notamment en Afrique centrale, pourraient s’éteindre au cours de la prochaine décennie.

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