Émirats arabes unis : Des centaines de femmes violées emprisonnées pour “fornication”

 Une récente enquête de la BBC révèle que de nombreuses femmes emprisonnées aux émirats pour avoir eu des relations sexuelles hors mariage seraient des travailleuses domestiques migrantes victimes de viol.

(Photo Flickr/ Paolo Margari)
(Photo Flickr/ Paolo Margari)

Selon le Code pénal des Émirats arabes unis (EAU), largement inspiré de la charia, les personnes se rendant coupables de « fornication » ou « zina » en arabe (terme qui regroupe l’ensemble des relations sexuelles jugées illicites en regard du droit islamique, dont l’adultère, le sexe hors mariage ou encore l’homosexualité), sont passibles d’une amende importante et d’une peine de prison.

En réalité, à en croire une enquête de la BBC, cette loi aurait ruiné la vie de milliers de travailleuses domestiques migrantes. En effet, nombre d’entre elles, souvent venues d’Afrique ou d’Asie par le biais de la « kafala » (un système de « parrainage » où de riches employeurs permettent à leurs employés étrangers d’obtenir un visa de travail), seraient jetées en prison après avoir été victimes de viol.

L’enquête de la BBC cite par exemple le témoignage de Monica, une travailleuse domestique, originaire des Philippines, tombée enceinte après avoir été violée par un des autres employés de la maison où elle travaillait. Après avoir caché sa grossesse pendant plusieurs mois, par crainte d’être emprisonnée, la jeune femme s’est finalement décidée à se tourner vers son employeur. Malgré ces circonstances particulièrement atroces, la patronne a refusé de la libérer de ses obligations sous prétexte que son contrat n’était pas terminé.

Au septième mois de grossesse, et alors que lois du pays lui interdisaient de retourner aux Philippines, la jeune femme a réussi à entrer secrètement en contact avec les animateurs d’une émission de radio très populaire dans son pays d’origine. Elle ne doit sa liberté qu’au fait que son appel à l’aide entendu par plusieurs dizaines de milliers d’auditeurs a conduit Manille à faire pression sur les Émirats arabes unis pour que la jeune femme puisse rentrer chez elle.

Monica a cependant eu de la chance. Si, comme le précise la BBC, il est presque impossible d’établir le nombre exact de victimes, un rapport de l’ONG Human Rights Watch laissait entendre que le pays accueillait en 2014 plus de 146 000 travailleuses domestiques migrantes.

Le rapport en question détaille la manière dont certains employeurs accusent leurs employées de s’être adonnées à la fornication afin de « contrebalancer des accusations de viol ou d’agression sexuelle émises par l’employée à leur encontre ». Il y est également expliqué que le personnel des hôpitaux du pays a plus d’une fois livré à la police des migrantes venues chercher de l’aide médicale à la suite d’une grossesse ou d’une fausse-couche. En résumé, en l’état actuel des choses, la loi du pays ne ferait que décourager les victimes à porter plainte en cas de viol et d’agression sexuelle.

Comme le précise Vice News, citant un second rapport de l’ONG Human Rights Watch (HRW) en date de mars 2012, le problème ne se limite pas aux Émirats arabes unis. Par exemple, 95% des jeunes filles et 50% des femmes emprisonnées en Afghanistan le seraient pour « crime moral » ou « tentative de fuite » du domicile familial. Selon l’ONG, nombre d’entre elles auraient été jugées coupables de « zina » après avoir été violées ou forcées à se prostituer.

Quant au système de la « kafala », il demeure en application dans la quasi-totalité des États du Golfe (exception faite de l’Irak). Il est régulièrement condamné par la communauté internationale, qui l’accuse notamment de faciliter dans ces régions l’exploitation des travailleurs dans des conditions proches de l’esclavage.

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