Maroc : Ouarzazate bientôt à l’ombre du plus grand parc solaire du monde

 L’achèvement prochain de la construction de « Noor I », la première centrale thermosolaire du pays, qui devrait être opérationnelle dans le courant du mois prochain, représente une étape majeure d’un ambitieux plan national de développement des énergies renouvelables. Une manière ingénieuse de composer avec l’absence d’hydrocarbures qui handicapait jusque-là le pays, mais aussi de tirer enfin avantage de ses gigantesques surfaces désertiques.

Ouarzazate, une ville  (Photo Flickr/  Ronald Woan)
 Ouarzazate, ville du sud du Maroc et chef-lieu de la province du même nom, a tout du parfait décor de film. « Ouallywood » a d’ailleurs servi de décor à de nombreuses superproductions à l’instar de « Laurence d’Arabie », « La Momie » ou encore, plus récemment la série télévisée « Game of Thrones ».
(Photo Flickr/ 
Ronald Woan)

Fin 2014, le Maroc inaugurait déjà le plus grand parc éolien du continent africain. Situé à Tarfaya, dans le sud-ouest du pays, il est capable de fournir l’électricité nécessaire à l’éclairage d’une ville de 1,5 million d’habitants. À peine quelques mois plus tard, c’est maintenant Ouarzazate, « la porte du désert », qui fait l’objet de toutes les attentions. C’est en effet là-bas que se joue la suite du vaste plan de production d’énergie renouvelable entamé par le royaume il y a quelques années déjà. Un ambitieux pari énergétique sur lequel ce dernier base de grands espoirs pour assurer son développement.

Le mois prochain, « Noor I », la plus grande centrale thermosolaire du pays, devrait être opérationnelle, comme le rapporte un récent article du Guardian. « Noor I » est la première d’une série de quatre centrales similaires. S’y rajouteront bientôt les plants de « Noor II » et « Noor III » dont la mise en service est pour l’heure prévue en 2017. Une fois les travaux achevés, Ouarzazate devrait héberger ce qui sera le plus grand parc solaire du monde. Ce dernier devrait occuper une superficie équivalente à celle de Rabat, la capitale marocaine, et serait capable de produire 580 MW d’électricité, assez pour alimenter en énergie un million d’habitations. « Noor I » à lui seul sera capable de générer 160 MW. Coût total estimé : 8,1 milliards d’euros. Une somme largement empruntée à des institutions internationales comme la Banque européenne d’investissement et de la Banque Mondiale.

Mais attention, il n’est pas question d’installer de simples panneaux solaires photovoltaïques dans le désert pour obtenir de tels rendements. Ce projet titanesque repose sur une technologie moins répandue et plus couteuse que l’énergie solaire classique, l’énergie solaire concentrée (ESC).

Pour faire simple, à « Noor I », près de 500 000 miroirs paraboliques de douze mètres de haut en forme de croissants en permanence tournés vers le soleil et répartis sur 800 rangées seront utilisés pour concentrer une grande superficie de rayons du soleil sur une petite surface. La lumière concentrée en chaleur produit ensuite du courant électrique qui fait lui-même fonctionner un moteur thermique relié à un générateur de courant électrique. Réservée aux pays à fort ensoleillement, cette technologie a l’énorme avantage d’être capable de produire de l’électricité à toute heure, et ce même après le coucher du soleil.

Un panneau indiquant le début des travaux à proximité du site de Noor I en 2014. (Photo Flickr/ mhobl)
Un panneau indiquant le début des travaux à proximité du site de Noor I en 2014.
(Photo Flickr/ mhobl)

Comme le fait remarquer le Guardian, le potentiel des déserts en matière d’énergie solaire est connu depuis des décennies. En 1986, quelques jours seulement après l’accident de Tchernobyl, un scientifique allemand du nom de Gerhard Knies avait même calculé que les déserts du monde recevaient assez d’énergie en l’espace de quelques heures d’ensoleillement pour subvenir à l’intégralité des besoins énergétiques de l’humanité pendant une année entière. Le passage de la théorie à la pratique s’est en revanche montré autrement plus difficile. En effet, les ingénieurs se sont longtemps creusé la tête pour savoir comment, dans un premier temps, capturer cette énergie et, dans un second temps, l’acheminer jusqu’aux centres urbains qui en ont besoin.

Récemment encore, la ministre de l’Environnement marocain, Hakima el-Haite, a été jusqu’à déclarer que l’énergie solaire pourrait avoir au XXIe siècle un impact comparable dans la région à celui de la production de pétrole au siècle dernier. « Nous ne sommes pas un producteur de pétrole. Nous importons 94% de notre énergie sous forme d’énergie fossile en provenance de l’étranger et cela s’en fait lourdement ressentir sur le budget de l’Etat », a-t-elle ainsi expliqué au Guardian. « Par le passé nous avons subventionné la production d’énergie fossile, ce qui a un coût élevé, alors quand nous avons entendu parler du potentiel de l’énergie solaire nous nous sommes dits : « et pourquoi pas » ? », conclut-elle.

Le Maroc espère satisfaire la moitié de ses besoins énergétiques grâce à l’électricité que devrait bientôt produire son nouveau parc fonctionnant au soleil du Sahara ainsi que ses autres centrales d’énergie renouvelable d’ici 2020. Selon les plans actuels, l’énergie solaire devrait compter pour un tiers des énergies renouvelables du pays, l’énergie hydroélectrique et éolienne comptant pour les deux autres tiers. Par le passé, le pays avait même affiché ses espoirs d’exporter de l’électricité vers l’Europe. Des ambitions revues à la baisse fin 2014.

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