Japon : Des activistes australiens saisissent la justice pour stopper la chasse à la baleine

 Le Japon se prépare à mener une nouvelle campagne de pêche à la baleine dans l’Antarctique en décembre prochain, et ce au mépris le plus total d’un un arrêt de la Cour internationale de Justice (CIJ) de La Haye rendu l’année dernière. Pour tenter d’arrêter l’archipel nippon, et pousser le gouvernement australien à agir, des militants écologistes membres de la branche australienne de l’ONG Humane Society International (HSI) ont décidé de saisir la justice de leur pays.

(Photo Flickr/ Taymaz Valley)
 Détournement de la célèbre estampe « La Grande Vague de Kanagawa » du peintre japonais Hokusai.
(Photo Flickr/ Taymaz Valley)

Le 31 mars de l’année dernière, un arrêt de la Cour internationale de Justice (CIJ) de La Haye estimait que le programme japonais de chasse à la baleine dans l’Antarctique (JARPA II) n’était « pas conforme au paragraphe 30 du règlement annexé à la convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine », une décision saluée par la commission baleinière internationale (CBI).

Dans les faits, le Japon se retrouvait donc interdit de chasse à la baleine en Antarctique pour avoir violé ses « obligations internationales ». Tout cela grâce à l’Australie, secondée par la Nouvelle-Zélande, qui avait saisi la CIJ en juin 2010 pour obliger le pays à mettre fin à ces pratiques exercées sous couvert de recherches scientifiques. L’annonce avait sonné comme une très bonne nouvelle auprès des défenseurs de ces animaux. En effet, « plus de 10 000 baleines auraient été tuées dans l’océan austral » avant la publication de ce texte, comme le soulignait à l’époque dans un communiqué l’ONG Robin des Bois.

Le Japon avait initialement déclaré qu’il se plierait au jugement rendu par La Haye. Pourtant, l’archipel a fini par revenir à la charge en avril dernier, affirmant que son programme scientifique était nécessaire pour mieux comprendre les écosystèmes marins de l’Antarctique, déterminer des quotas réalistes afin de relancer la chasse à but commercial, et obtenir des informations sur l’âge des mammifères.

Quant à la décision de la CIJ, le gouvernement japonais a simplement déclaré que cette dernière « ne saurait s’appliquer à […] une quelconque dispute relevant, concernant, ou en relation avec la recherche scientifique, ou la conservation, la gestion ou l’exploitation de ressources marines vivantes ». En conséquence, le Japon a donc réclamé un nouveau quota, baptisé « Newrep-A », pour les années 2015 à 2027 : 333 têtes par saison de chasse, contre 900 dans le programme précédent. Cependant, selon les experts de la CBI, ce nouveau programme n’offre pas plus de justification scientifique à ce massacre que le précédent.

Un peu plus tôt ce mois-ci, l’Australie a indiqué considérer les recours légaux à sa disposition pour tenté de mettre un terme à ces nouvelles expéditions, la première d’entre elles étant prévue pour cet hiver. Pourtant, comme le rapporte un récent article du Guardian, ce sont des militants écologistes membres de la branche australienne de l’ONG Humane Society International (HSI) qui se sont les premiers décidés à saisir la justice.

(Photo Flickr/ John)
Des militants de l’ONG Sea Shepherd jetant de l’acide butyrique (une matière non toxique dégageant une odeur nauséabonde) sur le pont d’un baleinier japonais.
(Photo Flickr/ John)

Selon eux, Kyodo Senpaku, l’entreprise japonaise se livrant à ces chasses controversées, serait coupable d’outrage au tribunal dans la mesure où l’entreprise a ignoré en 2008 une injonction de la Cour fédérale australienne lui interdisant de massacrer les cétacés vivant dans un sanctuaire de baleines désigné comme tel par le gouvernement australien. Le Japon, qui ne reconnaît pas l’existence de ce sanctuaire marin, n’a pas envoyé de flotte de baleiniers dans la zone depuis mars de l’année dernière et l’arrêt rendu par la CIJ.

La requête en outrage de Humane Society International sera examinée par la Cour fédérale australienne le 18 novembre prochain. L’ONG espère que l’obtention d’un verdict de culpabilité pour ce cas précis poussera les autorités du pays à prendre les mesures légales nécessaires si le Japon persiste à vouloir mener à bien une saison de chasse cette année. Il faudra attendre encore quelques semaines pour être fixé à ce sujet. Par le passé, la flotte japonaise quittait généralement le port de Shimonoseki, dans le sud-est du pays, au mois de décembre pour ne rentrer au Japon qu’en avril de l’année suivante.

« Si la chasse prend place, nous attendons du gouvernement australien qu’il considère l’ensemble des sanctions légales et économiques à sa disposition à l’encontre du Japon. La politique du gouvernement actuel est similaire à celle de son prédécesseur — la chasse à la baleine doit s’arrêter —, mais le cœur du problème est de savoir dans quelle mesure nos dirigeants sont préparés à agir de façon concrète », a déclaré l’ONG dans un communiqué.

Si d’aventure le Japon se décidait finalement à respecter la décision de La Haye, il n’en serait pas pour autant fini des chasses à la baleine, comme le rappelait Actu-environnement l’année dernière. Le pays continue de mener d’autres programmes de recherches scientifiques similaires qui ne sont, eux, aucunement concernés par l’arrêt de la CIJ — dont notamment un au large des côtes du Japon et un autre dans le Nord-Est de l’océan Pacifique « impliquant des échantillonnages « importants » de rorquals et de cachalots » conduits chaque année d’avril à octobre. À lui seul, ce dernier a coûté la vie de 132 cétacés en 2013.

Pendant trois décennies — depuis la mise en place d’un moratoire (interdiction) de la chasse commerciale à la baleine par la CBI en 1986 —, le Japon a eu l’autorisation de tuer chaque année un certain nombre de baleines au nom de la recherche scientifique. Il s’agissait bien évidemment d’un prétexte, les cétacés étant très largement tués pour leur viande qui demeure très populaire dans l’archipel nippon. Ainsi, même si la viande de baleine a perdu de sa popularité au Japon ces dernières années, la pratique demeure encore culturellement significative pour beaucoup de Japonais.

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