Turkménistan : 50 000 expulsions pour faire de la capitale une magnifique « cité blanche »

 Ces derniers mois, le gouvernement turkmène a lancé de nombreux et ambitieux projets de construction à l’approche des Jeux asiatiques et d’arts martiaux en salle de 2017. Il semble bien la capitale turkmène Achgabat méritera bientôt, plus que jamais, son surnom de « cité de marbre blanc ». Pourtant, selon un récent rapport d’Amnesty International, une sordide réalité se dissimulerait derrière le vernis de la réussite : au moins 50 000 personnes auraient été expulsées de force de chez elles afin que le gouvernement puisse mener à bien son « plan d’embellissement » de la ville.

(Photo Flickr/ David Stanley)
 Achgabat, la capitale du Turkménistan, petit pays d’Asie centrale qui se trouve dans une oasis du désert du Karakoum, au pied de la chaîne de Kopet-Dag. La ville héberge un peu moins d’un million d’âmes.
(Photo Flickr/ David Stanley)

Une statue en or de 21 mètres de haut à l’effigie du président Gurbanguly Berdimuhamedow, l’Arche de la Neutralité (un monument controversé censé célébrer la reconnaissance du Turkménistan par les Nations unies comme « nation neutre »), une grande quantité de mosquées (dont certaines à l’allure particulièrement futuriste), un flamboyant centre d’affaires, la tour Turkménistan, monument le plus élevé du pays et même un centre culturel et de loisirs abritant la plus grande roue du monde dans un espace clos.

Achgabat, ville de toutes les fiertés, ressemble d’ores et déjà à la vitrine du Turkmenistan. Pas assez aux yeux du gouvernement turkmène, semblerait-il. Les dirigeants du pays ont décidé qu’à l’approche des Jeux asiatiques et d’arts martiaux en salle qui auront lieux dans le pays en 2017, il était impératif de reconstruire une partie de la capitale à grands frais afin d’en faire une magnifique « cité blanche ».

Une annonce qui aurait pu être accueillie comme une bonne nouvelle si le Turkménistan ne demeurait pas l’un des régimes les plus autocratiques au monde. Les droits de l’homme y sont régulièrement bafoués et le président du pays depuis 2006, Gurbanguly Berdymukhamedov, y a développé un véritable culte de la personnalité autour de sa personne. Les dernières révélations de l’ONG Amnesty International, faites par l’intermédiaire d’un rapport édifiant, selon lesquelles près de 50 000 personnes auraient été expulsées de force de chez elles en l’espace de quelques mois, n’ont donc rien d’étonnant. Mis à la porte sans garantie de relogement, les habitants de la ville seraient en train de payer très cher le « plan d’embellissement » de la ville du gouvernement turkmène, comme le révèle un article de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL).

Le rapport de l’ONG s’intéresse particulièrement à la banlieue de Choganly, une zone dégagée au profit de projets en lien avec les Jeux asiatiques et d’art martiaux en salle de 2017. Amnesty International s’appuie sur de multiples images satellites qui témoignent de l’étendue des destructions.

(Capture d'écran  Amnesty International)
(Capture d’écran  Amnesty International)

Dans un papier, RFE/RL explique la manière dont les expulsions ont eu lieu : « Les résidents reçoivent l’ordre de quitter les lieux au nom du bien commun. Sachant que ceux qui ont du faire de même auparavant ont rarement, sinon jamais, reçu les compensations promises. Beaucoup démontent leur habitation et emmènent les matériaux ailleurs pour se reconstruire une maison. C’est à eux de trouver un lieu où ils pourront bâtir leur nouveau logement. Quant à ce qu’il reste du voisinage, il est démoli pour laisser place au projet de renouvellement urbain promis ».

Selon le site d’information, le quartier de Choganly accueillait par le passé près de 13 000 logements (10 000 selon Amnesty International). À l’heure actuelle, très peu seraient encore debout. Un résultat impressionnant sachant que le travail de démolition n’a commencé qu’il y a seulement un peu plus d’un an. En lieu et place, ce sont 1600 nouvelles résidences qui devraient être construites.

Pourtant, six mois après le déblaiement des derniers gravats, aucun chantier de construction n’y aurait encore vu le jour. Un correspondant du service turkmène de RFE/RL explique même qu’à l’heure actuelle le site serait désert « à l’exception de quelques arbres, un bazar, une gare routière et une station de taxis ».

Selon Amnesty International, de nouvelles opérations de démolition seraient en cours dans d’autres quartiers de la capitale, « mettant à la rue de nombreuses familles ». Denis Krivosheev, directeur adjoint du programme pour l’Europe et l’Asie Centrale d’Amnesty International, condamne sévèrement les agissements du gouvernement turkmène : « une éviction forcée n’est jamais justifiable. Ça doit toujours n’être que le dernier recours et se faire en accord avec les normes internationales relatives aux droits de l’Homme. Au lieu d’utiliser les jeux comme une occasion d’améliorer la situation des droits de l’Homme au Turkménistan, les autorités locales ont seulement réussi à empirer les conditions de vie des résidents, dont un grand nombre ont dû quitter la ville pour la campagne afin d’y trouver un travail ».

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