Honduras : Colons et trafiquants de drogues accusés de s’approprier les terres des Amérindiens

 À en croire Victoria Tauli-Corpuz, le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits des populations autochtones, divers envahisseurs chercheraient à s’approprier les terres des Amérindiens vivant dans la région de La Mosquita, dans le nord-est du Honduras. Parmi ceux-ci, des trafiquants de drogue, des acteurs de l’exploitation forestière illégale, des producteurs d’huile de palme, mais parfois aussi de simples colons. Ne pouvant plus, seuls, faire face à ces nombreuses menaces, plusieurs groupes d’Amérindiens en sont réduits à demander l’aide d’un gouvernement avec lequel ils entretiennent des relations pour le moins compliquées.

Un jeune garçon récolte des fruits de palmier à huile, utilisés pour la fabrication de l'huile de palme, au Honduras. (Photo Flickr/ ICIJ Online)
 Un jeune garçon récolte des fruits de palmier à huile, utilisés pour la fabrication de l’huile de palme, au Honduras.
(Photo Flickr/ ICIJ Online)

Des arbres abattus pour faire place à des pistes d’atterrissage clandestines au milieu de la jungle hondurienne, de jeunes Indiens désœuvrés recrutés comme dealers ou encore des terres achetées au seul but de blanchir de l’argent sale. Voici quelques-uns des méfaits des trafiquants de drogues honduriens dans la région de forêt humide de La Mosquita, dans le nord-est du pays, à en croire Victoria Tauli-Corpuz, le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits des populations autochtones. Pire encore, ces trafiquants seraient loin d’être les seuls à vouloir s’accaparer les terres des Amérindiens. Exploitants forestiers illégaux, fabricants d’huile de palme ou encore simples colons, la liste est longue, comme le rapporte un article paru hier dans les pages du New York Times.

Dans l’incapacité de protéger leurs terres ancestrales, plusieurs groupes d’autochtones, dont les Indiens Mosquitos, se sont vus contraints de demander l’aide du gouvernement. « Ils n’ont basiquement pas les moyens de se protéger contre les envahisseurs qui viennent occuper leurs terres, et ce qu’importe que ces derniers soient des propriétaires agricoles ou des bûcherons. Ils ont même mentionné que des trafiquants de drogue infiltrent leur territoire », relate ainsi Victoria Tauli-Corpuz, dans un rapport rédigé à la suite d’un déplacement sur le terrain.

Pourtant, à l’image de ce qui se passe dans les pays voisins, il serait injuste de dire que les Amérindiens du Honduras restent passifs. En Mars dernier encore, les Indiens Mosquitos avaient capturé plusieurs colons qu’ils accusaient de travailler pour le compte de gros producteurs d’huile de palme et d’exploitants illégaux. Si ces derniers ont très vite été relâchés, il est ici permis de douter de la bonne volonté d’un État hondurien que les Amérindiens sont maintenant réduits à appeler à l’aide.

Comme l’explique dans son rapport le rapporteur spécial de l’ONU, suite à ces évènements le gouvernement hondurien a tout bonnement décidé d’indemniser les colons. Un choix contestable, surtout lorsque l’on sait qu’un grand nombre d’entre eux vivent illégalement sur ces terres. De plus, les autorités elles-mêmes sont régulièrement accusées de se livrer à la vente de faux titres de propriété.

Il n’y a pas que dans le nord-est que l’État tend à compliquer les choses. Ainsi, dans les départements de Santa Bárbara et d’Intibucá, à l’extrémité ouest du pays, d’autres groupes d’Amérindiens s’opposent depuis maintenant plusieurs mois à un vaste projet honduro-chinois de construction de barrages hydroélectriques. Un projet à propos duquel les autorités honduriennes n’avaient tout simplement pas jugé utile de les consulter avant de donner leur aval. Une fois construits, ces barrages inonderaient pourtant les terres ancestrales d’un peuple amérindien local, déplaçant par la même occasion près de 20,000 personnes.

Tristement, comme le rappelle le Guardian, tous ces problèmes ne sont pas spécifiques au Honduras. En fait, ils sont relativement similaires à ceux rencontrés un peu plus tôt cette année par les populations autochtones du Nicaragua voisin ou encore à ceux des Amérindiens du Brésil.

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