Iran : Des militantes des droits des femmes lancent une campagne pour féminiser le Parlement

 Sur les 290 sièges que compte le Parlement iranien, seuls neuf sont actuellement occupés par des femmes. Une triste réalité que des militantes des droits des femmes entendent bien faire évoluer grâce à une campagne intitulée « Changer la figure masculine du Parlement ». Objectif : obtenir une plus grande présence féminine lors des législatives de février 2016, mais aussi promouvoir les candidats des deux sexes qui choisissent de s’engager en faveur des droits des Iraniennes.

L'intérieur du Parlement iranien. En 2015, sur 290 parlementaires, n'y siègent que 9 femmes. (Photo Flickr/ Parmida Rahimi)
 Vue de l’intérieur du Parlement iranien. En 2015, sur 290 parlementaires, n’y siègent que 9 femmes.
(Photo Flickr/ Parmida Rahimi)

Avec seulement neuf femmes au Parlement (Majlis), soit 3,1% des sièges, la République islamique d’Iran arrive à la 137e place du classement mondial de l’Union Interparlementaire (IPU). Seuls douze pays au monde font pire. Une situation inacceptable pour un groupe de militantes iraniennes des droits des femmes qui entend bien changer cela d’ici les prochaines élections législatives de février prochain, comme le rapporte un article de Radio Free Europe / Radio Liberty (RFE/RL). Dans leurs rangs se trouvent des figures proéminentes du mouvement des droits des femmes dans le pays, à l’instar de l’auteure à succès Shahla Lahiji ou encore de la journaliste Noushin Ahmadi Khorasani.

À les en croire, un si faible pourcentage de femmes au Majlis réduit à néant les efforts pour octroyer plus de droits aux femmes du pays. Dans un communiqué publié à la fin du mois d’octobre, les militantes expliquaient que, dans ces conditions, il « n’est pas surprenant de voir adopter des lois qui affaiblissent jour après jour les droits des femmes au lieu de leur donner les moyens de leur émancipation ».

C’est pour cela qu’elles ont récemment lancé une campagne : « Changer la figure masculine du Parlement ». Objectif principal ? Inciter le peuple iranien à élire un plus grand nombre de candidates. Pour ce faire, les organisatrices de la campagne (qui espère que le Majlis sera, à terme, composé d’au moins 30% de femmes) ont prévu d’organiser des rencontres, diffuser des tracts, coller des affiches ou encore publier en ligne des vidéos dans lesquelles elles demandent aux votants de les aider à envoyer au moins 50 femmes au Parlement.

Néanmoins, les militantes se disent également conscientes du fait qu’une féminisation du Majlis n’est, en soi, pas une garantie suffisante. En effet, par le passé, il n’a pas été rare de voir des élues se prononcer en faveur de lois discriminatoires envers les femmes. « Nous ne devrions pas laisser des candidates qui ne souhaitent pas l’instauration des mêmes droits pour les femmes que pour les hommes entrer au Parlement. Par conséquent, nous devons prendre des dispositions pour mettre fin à la passivité qu’il existe chez un trop grand nombre de nos semblables », développe Shiva Nazar Ahari dans ce même communiqué.

Pour cette raison, la campagne « Changer la figure masculine du Parlement » fera également office de véritable plateforme de relai pour ceux et celles des candidats qui s’engageront à faire avancer la cause des droits des femmes. À l’inverse, ceux qui délaissent la question seront exposés comme tels à travers un système de distribution de « cartons rouges ». Des bilans hebdomadaires analysant les positions des différents candidats sur la condition féminine devraient également être publiés tout au long de la campagne. Enfin, les militantes envisagent aussi d’interroger les femmes et filles des candidats afin de pouvoir se faire une meilleure idée de leur véritable attitude envers la gent féminine.

(Capture d'écran  ipu.org)
(L’Iran en queue de classement en matière de pourcentage de femmes au Parlement.
Capture d’écran  ipu.org)

Malgré un nombre important de restrictions et la récente adoption de lois à caractère discriminatoire, les droits des Iraniennes se seraient tout de même légèrement améliorés au cours de ces dernières années, selon RFE/RL. De nos jours, près de 60% des nouveaux inscrits dans les universités du pays sont des femmes. Ces dernières seraient également bien mieux intégrées dans l’économie du pays qu’elles ne l’étaient au cours de la dernière décennie, un constat qui vaut aussi pour le processus démocratique (lors des élections présidentielles de 2013, un grand nombre d’entre elles avaient voté pour le président Hassan Rouhani, l’un des seuls candidats à s’être ouvertement prononcé contre la discrimination basée sur le genre).

Pourtant, l’existence de quelques avancées ne doit pas faire oublier une plus sombre réalité. Comme le rappelait encore récemment un article de Mediapart, l’Iran ne se classe qu’à la 139e place sur 142 pays en matière de représentation des femmes dans le marché global du travail d’après le rapport mondial sur la parité entre hommes et femmes de 2014. De même, toujours selon ce rapport, le taux de chômage des femmes (qui est d’environ 30%) demeure aujourd’hui encore trois fois supérieur à celui des hommes. Rappelons aussi que pour pouvoir demander un passeport afin de sortir du pays les Iraniennes mariées ont toujours besoin d’obtenir une permission écrite de leur mari. C’est dire l’importance d’initiatives comme « Changer la figure masculine du Parlement ».

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