Le personnel d’entretien des hôpitaux de Madrid réduit d’un tiers en 2 ans

A Madrid, deux entreprises sont chargées de l'entretien des hôpitaux publics. (Photo d'illustration Wikipedia)
  À Madrid, depuis 2013, ce sont deux entreprises privées qui sont chargées de l’entretien des hôpitaux publics.
(Photo d’illustration  Wikipedia)

Nettoyer les chambres, laver le linge, désinfecter les espaces communs… Dans les hôpitaux, des milliers d’employés s’attellent à maintenir en tout temps l’hygiène et la propreté. Pourtant, ces deux éléments clés pourraient bien être menacés dans les hôpitaux publics de Madrid, où le personnel d’entretien a drastiquement été réduit depuis 2013. Ils étaient 2816 femmes et hommes chargés de ces services dans les hôpitaux de la capitale espagnole il y a deux ans. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 1909 personnes, soit une diminution des effectifs de 32,21%, ainsi que le calcule La Vanguardia.

Cette coupe dans les effectifs n’est que la conséquence directe de ce qu’avaient prévu les entreprises ayant remporté l’appel d’offres, lancé par l’agglomération de Madrid en 2013, visant à externaliser les services d’entretien dans 16 hôpitaux. Depuis longtemps, des employés publics du SERMAS (service madrilène de la santé), intégrés au personnel des hôpitaux, assuraient ces tâches. Mais il y a deux ans, deux entreprises privées espagnoles se sont partagé les centres : Ferrovial Servicios (ou Ferroser) d’un côté et Clece de l’autre.

Dès les premiers mois, ces entreprises ont annoncé des réductions drastiques de personnel, qui touchent 8 établissements en particulier. Une décision conforme aux contrats de délégation signés avec l’agglomération de Madrid, comme le relève dans les pages d’El País Roberto Tornamira, le secrétaire général de la fédération des services du syndicat UGT :

« Dans les cahiers des charges, aucune expérience n’était exigée […] et on ne demandait pas, par exemple, un nombre de travailleurs minimal. L’idée principale, c’était l’argent, c’est-à-dire, quelle entreprise coûterait le moins cher ».

De ce côté-là, l’objectif est atteint. En effet, en confiant les services d’entretien à ces deux entreprises, la Communauté de Madrid aurait économisé 65 millions d’euros, comme le rapportait la version espagnole de 20 minutes en décembre 2013. À ce moment-là, 90 personnes avaient déjà perdu leur poste.

Départs à la retraite non remplacés, retraites anticipées, départs volontaires à cause de la dégradation des conditions de travail, temps partiels forcés… Autant de méthodes utilisées par Ferroser et Clece pour s’alléger d’un tiers de leur personnel en trois ans à peine. Déjà en décembre 2013, quelques mois seulement après les premières coupes, les employés en ressentaient déjà les conséquences, comme en témoignait alors une responsable de service dans 20 minutes :

« Nous ne pouvons pas laver de la même manière, parce nous n’y arrivons pas. Une employée qui doit s’occuper de 20 ou 30 chambres à elle toute seule est tout simplement débordée. Résultat : il y a de la poussière dans les couloirs et dans les bureaux, les toilettes sont plus sales, et les poubelles sont vidées moins souvent ».

Résultat, dans un récent article El País note que 17% du linge envoyé à la laverie par ces hôpitaux revient sale. D’autres articles évoquent carrément la présence de rats. Face à cette dégradation dramatique des conditions de travail, le syndicat UGT appelle à une grève le 16 novembre dans l’un des hôpitaux les plus touchés de Madrid, Ramón y Cajal. Dans le même temps, Roberto Tornamira continue de s’inquiéter des conséquences, autrement plus graves encore, que pourraient engendrer d’autres réductions du personnel :

« Nous avons peur que le manque de propreté n’engendre une épidémie, ou qu’un virus ne se propage. Imaginez par exemple les risques encourus si Ebola avait débarqué dans un hôpital sale ».

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