Une prestigieuse université sud-africaine va abandonner l’enseignement en afrikaans

 L’Université afrikaner de Stellenbosch, célèbre pour avoir formé un grand nombre d’hommes politiques blancs de premier plan en Afrique du Sud, vient d’annoncer que les cours y seraient dorénavant dispensés intégralement en anglais, et non plus en afrikaans. Les étudiants noirs du pays, dont bon nombre ont fait campagne dans ce sens pendant plusieurs mois, se réjouissent d’une décision qui participe à « décoloniser » l’éducation supérieure près de 25 ans après la fin de l’apartheid, l’afrikaans étant une langue parlée notamment, mais pas exclusivement, par une part considérable des blancs d’Afrique du Sud. Les associations Afrikaners, comme Afriforum, condamnent quant à elles un choix qui risque de « marginaliser encore un peu plus la minorité afrikaner ».

(Capture d'écran Youtube/ SABC Digital News)
(Capture d’écran Youtube/ SABC Digital News)

L’Université de Stellenbosch, située dans la province du Cap-Occidental, est l’une des plus prestigieuses universités publiques d’Afrique du Sud. Aujourd’hui, plus des deux tiers de ses étudiants sont blancs, alors même que les Afrikaners représentent moins d’un quinzième de la population totale du pays. Pourquoi ? Tout simplement parce que la majorité des cours donnés à l’Université de Stellenbosch sont aujourd’hui encore prodigués en langue afrikaans, une langue germanique issue du néerlandais de nos jours parlée notamment par les Afrikaners, terme désignant les Africains blancs d’Afrique du Sud.

Cette situation, qui n’est pas uniquement l’apanage de l’Université de Stellenbosch, pourrait néanmoins changer du tout au tout dès la prochaine rentrée académique. Plusieurs responsables de l’université viennent en effet de décider qu’il était temps d’en finir avec cette particularité aux relents d’apartheid, comme l’explique un récent article de la BBC.

« Pourquoi l’Université de Stellenbosch devrait-elle porter la responsabilité de protéger la survie de la langue afrikaans ? Nous sommes un établissement qui regarde vers l’avenir et notre fonction première est de créer et transférer des connaissances. De plus, l’université est une richesse nationale dont l’objectif est d’être inclusive. Par conséquent, nous ne pouvons pas rester dans une configuration où la barrière de la langue restreint l’accès à l’enseignement et à l’apprentissage pour certains étudiants », a ainsi expliqué Wim de Villiers, le recteur de l’établissement dans une interview accordée à Netwerk 24 news, une chaine d’information en afrikaans.

Dans un récent communiqué, l’université explique ainsi que la fin des cours en afrikaans devrait être décidée par le conseil consultatif de l’université lors d’une réunion exceptionnelle qui aura lieu le 30 novembre prochain. Pour l’heure, et ce malgré les propos du recteur, il n’est cependant pas encore totalement certain que ces recommandations soient acceptées, comme le rappelle le site Internet de la publication sud-africaine Business Day.

Si l’université a décidé de prendre cette décision aujourd’hui, c’est notamment suite à une impressionnante mobilisation étudiante visant à « ouvrir à tous les portes de la connaissance et de la culture », comme l’expliquait récemment un étudiant à la BBC. Ce mouvement avait vu le jour après la mise en ligne sur Youtube de « Luister » (de l’afrikaans « écoute »), un film documentaire en langue anglaise (visible en intégralité ci-dessous) mettant en lumière les difficultés rencontrées par les étudiants sud-africains noirs souhaitant intégrer cette prestigieuse université. Au-delà des occasionnels dérapages à caractère raciste, les auteurs du film y dénonçaient surtout l’existence d’une forme de ségrégation par la langue.

Un certain nombre d’associations représentatives de la minorité afrikaner, dont la très engagée Afriforum, ont condamné les propos du recteur. Elles se sont d’ailleurs fendues d’un communiqué dans lequel elles critiquent une décision au travers de laquelle l’université chercherait, selon-elles, à « marginaliser encore un peu plus la minorité afrikaner et discriminer les locuteurs de la langue afrikaans ».

L’Afrique du Sud reconnait, depuis l’adoption de sa constitution de 1996, onze langues officielles : l’afrikaans, l’anglais, le ndébélé du Sud, le sotho du Nord, le sotho du Sud, le swati, le tsonga, le tswana, le venda, le xhosa et le zoulou. Si l’afrikaans demeure parlé par environ 6,5 millions de personnes en Afrique du Sud (notamment dans les provinces du Cap du Nord et du Cap-Occidental, où est située l’Université de Stellenbosch), c’est néanmoins l’anglais, langue de la sphère officielle et du monde des affaires, qui conserve le statut de langue commune dans ce pays de près de 52 millions d’habitants.

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