Angola : Des militants accusés de rébellion pour avoir lu un livre

 Le président de la république d'Angola, José Eduardo dos Santos, 2015.  (photo Romério Cunha)
 Le président de la république d’Angola, José Eduardo dos Santos, 2015.
(photo Romério Cunha)

Aucun doute pour les autorités angolaises, le rassemblement de 16 jeunes dans leur club de lecture habituel pour débattre de l’ouvrage De la dictature à la démocratie : un cadre conceptuel pour la libération, constitue un acte de rébellion et une tentative de coup d’État. Arrêtés en juin dernier, les militants n’ont été informés officiellement des charges retenues contre eux qu’après l’expiration du délai de 90 jours de détention provisoire autorisé par la loi, rapporte Amnesty International.

Déférés hier devant le tribunal de la capitale Luanda, ils sont accusés d’acte de rébellion, de production de faux passeports et d’avoir planifié des actes de désobéissance civile de masse. Ils risquent chacun trois ans de prison. Une situation que déplore Muleya Mwananyanda, directrice adjointe du programme pour l’Afrique australe à Amnesty International :

« Ces militants n’auraient jamais dû être emprisonnés, car ils n’ont fait qu’exercer pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion. Leur détention prolongée illustre jusqu’où les autorités angolaises sont prêtes à aller pour éliminer la dissidence. »

Plusieurs membres du groupe ont entamé une grève de la faim dont l’un d’entre eux l’a poursuivie pendant 36 jours. Les militants ont également signé fin octobre une lettre publique dans laquelle ils affirment que certains d’entre eux ont été roués de coups pendant leur détention, soumis a de mauvais traitements et se sont vus refuser des soins médicaux.

« Ils ont été arrêtés uniquement pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’association et d’expression », regrette Amnesty International. L’ONG et d’autres associations de lutte en faveur des droits de l’homme dénoncent la manière dont le régime angolais réprime l’opposition et bafoue régulièrement la liberté d’expression.

Au pouvoir depuis 36 ans, le président angolais José Eduardo dos Santos est accusé par ses adversaires de clientélisme avec les patrons des industries pétrolières du pays et d’utiliser une armée grassement financée pour garder une emprise totale sur le pouvoir. En mai dernier, le journaliste d’investigation Rafael Marques a été condamné à 6 mois d’emprisonnement avec sursis pour avoir publié une enquête sur les violations des droits humains dans l’exploitation des mines de diamant dans l’Est du pays.

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