Afghanistan : Créer des emplois pour stopper le départ des jeunes vers l’Europe

 Avec le lancement mardi du programme « Job for Peace », le président afghan, Ashraf Ghani, espère réussir à mettre un frein à l’exode des jeunes Afghans vers l’Europe. Si tout se passe comme prévu, le programme devrait générer des milliers d’emplois dans 4700 villages du pays cet hiver et près de 15000 au printemps prochain.

Avec  président Afghan Ashraf Ghani (Photo Flickr/ Global Panorama)
 Avec « Job for Peace », le président afghan Ashraf Ghani espère réussir à mettre un frein à l’exode des jeunes qui quittent le pays par milliers.
(Photo Flickr/ Global Panorama)

La vague de réfugiés en route vers l’Europe est loin d’être exclusivement composée de Syriens. En septembre dernier, il était estimé qu’environ 13% de ceux qui avaient réussi à poser le pied sur le sol européen sont des Afghans, comme le révélait à l’époque la BBC. Cela représente des dizaines de milliers de personnes, dont une grande partie serait des jeunes diplômés.

Comme l’explique le New York Times, le départ d’une partie des troupes de la coalition menée par l’OTAN (il ne reste plus que 17 000 soldats sur le terrain contre 140 000 il y a quelques années) aurait causé la disparition de plusieurs centaines de milliers d’emplois à travers le pays. Une vague de chômage prévisible mais à laquelle le gouvernement afghan n’a pas su trouver de réponse adéquate.

Résultat, cette très forte hausse du chômage couplée à une insécurité croissante a engendré une crise migratoire sans précédent. À en croire, Salahuddin Rabbani, le ministère des affaires étrangères afghan, près de 146 000 Afghans seraient arrivés en Europe en 2015. C’est dans l’espoir de stopper cet exode que le président Ashraf Ghani a donné mardi le coup d’envoi de « Job for Peace », un nouveau programme de création d’emplois à l’échelle nationale, comme le rapporte le New York Times.

Ce programme devrait dans un premier temps concerner 4700 villages, situés dans 12 des 34 provinces du pays. Objectif : assurer deux mois de sécurité alimentaire à près de 100 000 familles en créant 5,5 millions de journées de travail. Le coût initial du programme est estimé à 100 millions de dollars américains (soit près de 94 millions d’euros). À partir du printemps prochain, il devrait normalement être étendu à 15000 villages répartis dans la totalité des 34 provinces du pays, ce qui demanderait un investissement total d’environ 350 millions de dollars.

La majorité des emplois proposés seront en lien avec des projets de développement menés dans plusieurs zones rurales du pays. S’y ajouteront aussi des missions de nettoyage au niveau des centres urbains. Le gouvernement dit se reposer sur les conseils municipaux des différents villages pour identifier les travailleurs potentiels.

Pourtant, à peine lancé voilà que le programme est d’ores et déjà violemment critiqué, comme l’explique le New York Times. Selon le journal, il y a que peu de chances qu’une telle initiative n’arrive à convaincre ces jeunes Afghans bardés de diplômes qui quittent actuellement le pays de rester. Le gouvernement lui-même estime que près de 700 000 demandeurs d’emplois entrent sur le marché du travail chaque année, une majorité d’entre eux après avoir fini des études secondaires ou supérieures.

« La mesure peut être efficace sur le court terme, mais vous ne pouvez pas vous contenter d’injecter de l’argent pour résoudre le problème, surtout qu’il n’y a pas d’argent », explique ainsi William Byrd, un économiste de l’United States Institute for Peace, dans les pages du quotidien. « Le gouvernement doit commencer à agir comme un gouvernement uni qui fait face à une crise. Et ce n’est vraiment pas ce que nous voyons pour l’instant », conclut-il.

Dans le passé, le gouvernement afghan a rencontré un certain succès lorsqu’il a mené ce genre de programme dans le milieu rural afghan — on peut penser au Programme de solidarité nationale (PSN) –, et ce notamment grâce à l’existence d’un véritable maillage communautaire. Cependant, le président Ashraf Ghani et son gouvernement doivent aujourd’hui faire face à une crise de l’emploi sans précédent et n’ont à leur disposition que de très faibles moyens financiers. À cela s’ajoute aussi, la menace représentée par les talibans qui, bien qu’ils apparaissent comme étant divisés, n’a eu de cesse de croître au cours de ces derniers mois.

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