Pénurie de lait en poudre en Australie, la demande chinoise en cause

 L’Australie fait face à une pénurie de lait en poudre due à une demande de plus en plus accrue du marché chinois.

Depuis quelques jours, les parents australiens peinent à trouver du lait maternel pour leur bébé (Photo Wikimedia)
 Depuis quelques jours, les parents australiens peinent à trouver du lait maternel pour leur bébé (Photo  Wikimedia)

Deux boîtes de lait en poudre maximum, huit pour les plus chanceux. En Australie, depuis quelques jours, les parents courent les magasins pour dénicher cet « or blanc » victime d’une pénurie dans le pays. En cause, explique le Sydney Morning Herald, une demande accrue du marché chinois qui s’est accentuée le 11 novembre dernier, célèbre jour de soldes exceptionnelles en ligne chez la première puissance économique mondiale.

Mais ce « Singles Day » n’explique pas à lui seul cette pénurie, latente depuis plusieurs mois. Depuis la crise du lait contaminé à la mélamine en Chine en 2008, rappelle le Global Post, crise qui avait tué six bébés et atteint plusieurs centaines de milliers d’autres, les parents chinois se tournent vers les pays étrangers pour nourrir leurs bambins, et notamment vers l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Et leur demande en nourriture infantile ne cesse d’augmenter : selon le Huffington Post, elle aurait été multipliée par 10 en 10 ans, « et avec la fin de la politique de l’enfant unique, ça ne risque pas de s’inverser ».

Les entreprises australiennes et néo-zélandaises productrices de lait sont les premières à profiter de cette méfiance des Chinois envers les produits de leur propre pays. L’une des principales, Bellamy, a même ouvert une plate-forme de vente en ligne chinoise, assure le Sydney Morning Herald. Une façon de commercer directement avec ses lointains voisins. Et les résultats sont là : en juin dernier, l’entreprise a augmenté son profit de 617%, et ses ventes de 153% en un an, rapporte le Global Post.

Si la pénurie récente résulte en partie de ce commerce régulier, il est aussi et surtout la conséquence d’un « marché gris » de cet or blanc. En achetant en gros du lait en poudre et en le revendant en Chine sur des sites comme Ebay ou Taobao.com, des particuliers se font un maximum de profit. The Guardian parle de produits revendus 5 à 6 fois plus chers que sur le marché australien. Des petites combines dans lesquelles tremperaient pas moins de 3000 personnes rien qu’à Sydney, drainant 100 000$ par an, selon le Huffington Post. Le 11 novembre, jour du “Single Day”, ce genre de sites fait carton plein, mais même en temps normal, les parents chinois préfèrent parfois commander en ligne plutôt que d’acheter des produits australiens dans leurs boutiques locales. Bellamy estime qu’environ un tiers de ses produits vendus en Australie finissent finalement en Chine.

En Australie, la colère grimpe chez les parents qui ne voient plus les boîtes du lait préféré de leur progéniture dans les rayons. Sur les réseaux sociaux, ils demandent l’arrêt des exportations vers la Chine tant que la pénurie n’aura pas été réglée. Certains en appellent également au gouvernement pour mieux contrôler le marché gris. La directrice de Bellamy se veut rassurante :

« Notre ambition est de continuer à fournir du lait à autant de mamans que possibles, pas seulement en Australie, mais aussi en Chine et dans le monde entier ».

L’entreprise, tout comme ses concurrentes A2 ou encore Karikare, ont annoncé une augmentation de leur production pour faire face à cette forte demande.

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