Des moustiques génétiquement modifiés pour éradiquer la malaria

 Une équipe de scientifiques de l’Université de Californie, aux États-Unis, a réussi à créer en laboratoire des moustiques incapables de transmettre le parasite de la malaria à l’homme. Une découverte qui pourrait selon eux permettre à terme d’éradiquer la maladie. Cependant, si la nouvelle en enthousiasme plus d’un, des voix s’élèvent également dans la communauté scientifique pour mettre en garde contre les « conséquences écologiques imprévisibles » que ces moustiques pourraient engendrer s’ils se retrouvaient dans la nature.

(Photo Flickr/ Zac Declerck)
(Photo Flickr/ Zac Declerck)

La malaria (aussi connue sous le nom de paludisme) est une maladie infectieuse potentiellement mortelle due aux parasites paludéens (Plasmodium) qui pénètrent dans l’organisme à la suite d’une piqure de l’un de leurs porteurs : les moustiques anophèles. L’OMS estime à environ 200 millions le nombre de nouveaux cas chaque année dans le monde entrainant la mort de près de 600 000 personnes.

Pour combattre la malaria, une équipe de scientifiques de l’Université de Californie à Irvine, aux États-Unis, a décidé de recourir à l’ingénierie génétique. Objectif ? Créer des moustiques génétiquement modifiés incapables de transmettre ces parasites paludéens aux humains, comme le rapporte un récent article du Guardian. Une approche radicale et controversée.

« Il ne s’agit que d’une importante première étape. Les moustiques que nous avons créés ne représentent pas un produit final, mais nous savons que cette technologie pourrait nous permettre de créer efficacement de vastes populations de moustiques », explique ainsi le professeur Anthony James, l’un des chercheurs en charge du projet, dans les pages du quotidien britannique.

Afin de créer ces moustiques anti-malaria, le professeur et son équipe ont utilisé une procédure d’ingénierie génétique connue sous le nom de « Crispr-Cas9 ». Elle vise à modifier l’ADN des œufs d’anopheles stephensi, une espèce de moustique des régions sub-tropicales particulièrement répandue dans le sous-continent indien et au Moyen-Orient, responsable de près de 10% des cas de malaria en Inde.

Si ces moustiques génétiquement modifiés venaient à être lâchés dans la nature, les chercheurs ont bon espoir qu’ils seraient capables de se reproduire normalement avec les autres moustiques et de passer ainsi leurs gènes anti-malaria à leur progéniture (ce qui semble pour l’heure se faire dans 99,5% des cas en laboratoire). Ainsi, en l’espace de seulement quelques générations de moustiques, c’est l’intégralité de l’espèce qui pourrait devenir résistante à la maladie.

Pourtant, aussi prometteuse que puisse sembler l’idée de réguler l’expression de certains gènes chez les moustiques, l’utilisation d’une telle technologie d’ingénierie génétique pourrait s’avérer lourde de conséquences. C’est du moins ce que pensent certains pontes du domaine qui ont été jusqu’à publier en août dernier, dans la revue scientifique généraliste américaine Science, une mise en garde à l’intention des scientifiques qui seraient tentés de faire usage de cette technologie.

Selon eux, s’il est effectivement bien possible que ce type d’ingénierie génétique puisse sauver des vies, la libération dans la nature d’organismes vivants génétiquement modifiés, qu’elle soit ou non accidentelle, pourrait également avoir « des conséquences écologiques imprévisibles ». Les signataires exhortent ainsi les scientifiques amenés à conduire ce genre de recherches à faire preuve de la transparence la plus totale au sujet des mesures prises pour s’assurer qu’un tel évènement ne puisse se produire.

Le professeur Anthony James, lui aussi signataire de cette mise en garde, déclare considérer qu’il reste encore beaucoup de travail à accomplir avant de pouvoir penser à tester l’efficacité de ces moustiques sur le terrain. Il demeure pourtant optimiste et écrivait encore récemment que « cette technologie pourrait jouer un rôle majeur dans l’obtention durable du contrôle et de l’éradication de la malaria ».

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