Cuba : Les permis de sortie redeviennent obligatoires pour les médecins

 Le gouvernement cubain a annoncé mardi qu’il allait réinstaurer, dès le 7 décembre, le régime des permis de sortie pour une grande partie des médecins spécialistes et autres personnels de santé qui souhaiteraient se rendre à l’étranger. Cette volte-face, qui ramène le pays plus de deux ans en arrière, vise essentiellement à mettre un frein à la fuite des cerveaux. À en croire l’ONG américano-cubaine Solidarité sans frontière, près de 5000 médecins auraient déserté Cuba au cours de la dernière décennie.

(Photo Flickr/ lezumbalaberenjena)
 L’entrée de l’Hôpital général Arnaldo Milián Castro de Santa Clara.
(Photo Flickr/ lezumbalaberenjena)

Depuis la réforme de la législation migratoire de janvier 2013 les Cubains n’ont besoin que d’un simple passeport valide pour pouvoir voyager à l’étranger pour « raisons personnelles ». Il était donc raisonnable de penser révolue la période (qui aura duré cinquante ans) où permis de sortie et lettres d’invitation représentaient d’incontournables sésames pour quitter l’île.

C’était sans compter sur l’impact de la fuite des cerveaux et de la profonde crise migratoire à laquelle est actuellement confronté cet État insulaire des Caraïbes. Si elle concerne bien évidemment de nombreux secteurs d’activité, cette situation toucherait tout particulièrement le monde médical. Selon le quotidien espagnol El País, quelque 4000 médecins cubains souhaitant se rendre aux États-Unis seraient actuellement bloqués en Amérique centrale. L’ONG américano-cubaine Solidarité sans frontière avance quant à elle le chiffre de 5000 médecins qui auraient déserté Cuba au cours des dix dernières années.

Un phénomène qui a poussé le gouvernement cubain à annoncer mardi un retour des permis de sortie obligatoires d’ici quelques jours pour une partie des médecins spécialistes (dont les anesthésistes, les gynécologues-obstétriciens, les neurochirurgiens et les spécialistes du soin néo-natal) et autres personnels de santé qui pourraient avoir l’intention de quitter l’île, comme l’explique un article du New York Times.

En réinstaurant ce système, coordonné par ministère de la Santé, Cuba vise explicitement à juguler le flot de médecins, et tout particulièrement de spécialistes, qui souhaitent quitter l’île pour aller tenter leur chance sur le continent. Selon le quotidien américain, un dixième de la main d’œuvre du pays pourrait se trouver affectée par cette “nouvelle mesure” qui prendra effet le 7 décembre prochain.

Comme l’explique El País, si ce revirement représente un pas en arrière en matière de liberté de circulation, il était cependant prévisible. En octobre dernier par exemple, le gouvernement cubain a offert l’amnistie aux médecins qui avaient trouvé refuge aux États-Unis après s’être enfuis des « pays frères » de Cuba (comme le Venezuela ou le Brésil) où le gouvernement les avait dépêchés en « missions sanitaires ». En plus d’un pardon inconditionnel, le président Raúl Castro était même allé jusqu’à leur garantir des emplois sur l’île.

Dans un communiqué publié dans l’organe de presse cubain Granma, sous contrôle étatique, le gouvernement a déclaré que les permis de sortie ne devaient pas être vus comme des interdictions de se déplacer. La mesure viserait donc uniquement à garantir la « qualité, la continuité et la stabilité au sain des services de santé » du pays en essayant « d’atténuer les effets » engendrés par « la politique migratoire sélective et politisée des États-Unis envers Cuba » et « l’augmentation fulgurante et imprévue du nombre de médecins cubains embauchés dans d’autres pays ».

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