OGM : Des dispositifs d’urgence pour neutraliser les microbes modifiés

 Des scientifiques du MIT ont mis au point « Deadman » et « Passcode », deux dispositifs d’urgence créés pour s’assurer que les microbes génétiquement modifiés ne puissent pas échapper au contrôle de l’homme une fois libérés dans la nature.

La bactérie intestinale E. coli, sur laquelle "Passcode" a été testée. (photo flickr/niaid)
La bactérie intestinale E. coli, sur laquelle “Passcode” a été testée. (photo flickr/niaid)

Au 21e siècle, l’homme a trouvé de multiples usages aux micro-organismes génétiquement modifiés créés en laboratoire à l’instar des microbes génétiquement modifiés, apparus dès le début des années 1990. Ces derniers peuvent être utilisés pour soigner des maladies, aider à nettoyer des nappes d’hydrocarbures ou encore assainir des eaux résiduaires. Problème : que deviennent ces microbes, qui n’ont rien à faire dans la nature, une fois leur tâche accomplie ? Rien ne dit en effet qu’à terme ces derniers ne pourraient pas devenir dangereux pour l’homme.

Depuis des années, des scientifiques du monde entier travaillent sur des méthodes pour les neutraliser selon notre bon vouloir. Il y a cinq ans déjà, une équipe de microbiologistes du MIT sous le direction du professeur James Collins annonçait avoir mis au point un mécanisme qui permettrait de potentiellement détruire les microbes génétiquement modifiés en désactivant un gène.

En visant un gène qui produit une molécule essentielle à la vie du micro-organisme, les scientifiques pourraient donc tuer les microbes souhaités. Subsistait néanmoins un problème de taille : rien ne garantissait qu’une fois dans la nature le microbe n’arriverait pas à accéder autrement à la molécule en question.

Près de cinq ans plus tard, la même équipe vient d’annoncer avoir réalisé des progrès considérables en la matière, comme le rapporte un récent article paru dans le magazine américain Wired. L’équipe du professeur James Collins a détaillé ces avancées dans un article publié hier dans la revue scientifique généraliste Nature Chemical Biology où sont expliqués les fonctionnements de deux dispositifs d’urgence d’un nouveau genre : « Deadman » et « Passcode ».

« Deadman » est calqué sur le modèle du dispositif d’urgence mis au point cinq ans plus tôt. La différence étant que les scientifiques ont cette fois-ci trouvé un moyen de s’assurer que le microbe ne risque pas de trouver la molécule en question dans la nature, justement parce que cette molécule est fabriquée en laboratoire.

« Passcode » est encore plus prometteur. Avec ce dispositif, les microbes auraient besoin d’une combinaison bien précise de trois molécules (appelons-les A, B et C) pour survivre. Par exemple, on peut ainsi imaginer un microbe qui aurait besoin de la présence des molécules B et C, mais aussi de l’absence totale de la molécule A. Mieux encore, il est possible de changer à souhait la combinaison selon les microbes. D’où le nom « Passcode » (mot de passe en français).

« Cela permettra véritablement d’augmenter le nombre de combinaisons de petites molécules — ou cocktails — possibles », explique ainsi Farren Isaacs, un biologiste moléculaire de l’Université de Yale, à Wired. Comme le précise le magazine, « Passcode » revêt d’autant plus d’intérêt pour les entreprises dans la mesure où il est à l’heure actuelle très difficile de garder secret le génome des microbes génétiquement modifiés, ces derniers pouvant être aisément copiés après séquencement. « Passcode » ajoute en quelque sorte un niveau supplémentaire de cryptage et permet aux laboratoires de protéger leurs microbes génétiquement modifiés d’éventuels plagieurs.

Pour l’heure, l’équipe du professeur James Collins a pu prouver que « Passcode » ne fonctionnait que dans le cas de la bactérie intestinale E. coli, très commune chez l’homme. Wired précise que James Collins est également cofondateur d’une compagnie privée, Synlogic , qui essaye de mettre au point des microbes génétiquement modifiés qui pourraient s’attaquer à des pathogènes comme le choléra.

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1 commentaires

  1. Pouxit 4 années ago

    Article super intéressant, merci 8e etage ! 😉

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