Inde : Le poids du cartable ne peut plus excéder 10% de la masse de l’élève

 Le département d’État indien en charge de l’éducation a annoncé que des agents procéderaient à des vérifications, au hasard, du poids du sac de certains élèves à partir de cette semaine dans les écoles de la région de Maharashtra, dans l’ouest du pays. Depuis lundi, les établissements sont obligés de limiter le poids du cartable des élèves à 10% de leur masse corporelle. Une préoccupation qui n’est plus une priorité depuis longtemps en France.

(photo World Bank / Curt Carnemark)
(photo World Bank/Curt Carnemark)

Le projet de loi, initié en juillet dernier, donnait aux écoles jusqu’au 30 novembre pour appliquer 44 recommandations permettant de diminuer le poids des cartables. Parmi celles-ci, l’installation de casiers dans les écoles mais aussi de fontaines à eau ainsi qu’un réarrangement des emplois du temps pour réduire le nombre de matières différentes chaque jour. Selon Mahavir Mane, directeur de l’éducation primaire, les écoles qui ne respectent pas cette nouvelle directive pourraient être attaquées en justice.

Si certaines écoles ont d’ores et déjà reçu leur « lettre de recommandation », sorte de récompense remise par le département d’État aux établissements exemplaires, d’autres ont demandé une rallonge au gouvernement, notamment pour sensibiliser les parents qui seraient « en partie responsables du poids du cartable des élèves », a déclaré au Hindustan Times le directeur de l’école Purushottam. « Nous ne pouvons pas repousser la deadline, a déclaré Mahavir Mane. Nos équipes vont sillonner les écoles 3 à 4 jours par semaines. Si certains élèves portent un sac trop lourd, nous leur permettrons de l’alléger, mais s’ils n’y parviennent pas, des poursuites pourront être engagées contre l’école ».

En France

Cette campagne vise avant tout à réduire les dommages provoqués par un cartable trop lourd sur une jeune colonne vertébrale et sur les disques intervertébraux. En France, une circulaire officielle du ministère de l’Éducation nationale datant de 2008 préconise de respecter « la règle des 10% » mais ne constitue en aucun cas un texte de loi. Ces dernières années, la seule initiative gouvernementale sur le sujet, prise par Xavier Darcos en 2008, a consisté à lancer un concours pour designer un cartable de moins d’un kilo. Il s’est soldé par la remise d’un prix de 15 000 euros à Laurent Lescure, designer et membre de Scoléo, une entreprise qui travaille avec des associations de parents d’élèves.

« Le lendemain de la remise de prix, j’ai été contacté par l’enseigne Carrefour qui a commercialisé le BAG-éO pendant 2 ans », a déclaré à 8e étage Laurent Lescure. Le gouvernement, lui, n’a pas vraiment donné suite à son combat pour un cartable plus léger, même si le designer assure que le ministère de l’Éducation a tenu à s’assurer que le géant de la grande distribution respectait le cahier des charges du produit qu’il avait récompensé. « Le vrai problème, c’est pas le cartable, c’est ce qu’on met dedans », explique Laurent Lescure qui a notamment collaboré avec des kinésithérapeutes lors de l’élaboration de son cartable léger. « Dès le départ, et même si nous nous sommes impliqués à fond dans ce concours, nous savions que le problème avait été pris à l’envers », avoue-t-il.

Selon lui, si ce sujet ne fait plus partie des priorités du gouvernement, c’est notamment parce que le poids des cartables est indéniablement amené à diminuer avec la démocratisation du numérique dans les écoles. Une mutation des usages qui ne résoudra en rien les problèmes de dos des adolescents explique Daniel Ribaud Chevrey, kinésithérapeute président de l’association Grandir En France et à l’origine de la fameuse circulaire de 2008 de Xavier Darcos. « La généralisation de l’usage des smartphones et des tablettes maintient les enfants de plus en plus longtemps en position assise à angle droit, une position inadaptée qui provoque une perturbation du schéma corporel et une perte de vigilance musculaire », a-t-il déclaré à 8e étage.

Il explique que la seule solution serait d’organiser des formations en classe avec les parents et les enfants afin de montrer à tous comment se servir d’un mobilier qui, à la base, est inadapté à la croissance et de leur enseigner des exercices de redressement, essentiels au bon développement de la structure vertébrale de l’enfant, à réaliser deux fois par heure. Des formations qu’il a parfois réalisées en classe mais pour lesquelles les écoles n’ont pas toujours le budget (600 euros la demi-journée de formation en milieu scolaire, ndlr). En ce qui concerne la généralisation des casiers, il craint qu’ils soient abimés ou mal utilisés, pour cacher de la drogue par exemple. « Le coût d’achat et d’entretien des casiers est supérieur au doublement des manuels scolaires, pour qu’un reste en classe et l’autre à la maison ».

Cartable de moins d’un kilo, tablette numérique ou casiers ne représenteraient donc pas des solutions, d’autant que Daniel Ribaud Chevrey l’affirme « le chiffre d’un cartable équivalent à maximum 10% du poids d’un enfant a été lancé au hasard, quelques kilos suspendus en haut de la colonne vertébrale suffisent à faire des dégâts ». Reste que les maux de dos demeurent un problème de santé publique. Chaque année, ils coûtent deux milliards d’euros et seraient responsables de 12 millions de journées non travaillées.

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