Zanzibar : Une cinquantaine de femmes forcées à divorcer après avoir voté

 Parce qu’elles n’ont pas voté comme leur mari aux dernières élections, près de 50 femmes se retrouvent abandonnées par ceux-ci.

A Zanzibar, les femmes ont le droit de vote, mais aussi la pression de leur mari. (Photo Wikipedia)
  A Zanzibar, les femmes ont le droit de vote, mais aussi la pression de leur mari.
(Photo  Wikipedia)

Apparemment, elles n’auraient pas glissé le « bon » bulletin dans l’urne. Certes, le vote est censé rester libre et secret. Mais à Zanzibar, si l’on en croit le très sérieux journal The Guardian, cette liberté ne semble pas tout à fait acquise : selon des associations de défense de droits des femmes, quarante-sept épouses ont dû divorcé car elles n’avaient pas soutenu le même candidat que leur mari lors des dernières élections.

Sur l’archipel rattaché à la Tanzanie, les citoyens étaient appelés en octobre dernier – en même temps que les continentaux – à élire leur nouveau président. L’île, semi-autonome, est dotée de son propre président ainsi que de son propre parlement.

De nombreuses femmes se sont confiées à l’association des avocates du Zanzibar (Zafela) et à l’association tanzanienne des femmes des médias (TAMWA), dont Mzuri Issa est la coordinatrice :

« Certains hommes ont interdit à leur femme d’aller voter, mais celles qui ont refusé de voir leurs droits bafoués ont été forcées de divorcer, ou abandonnées. »

Dès mi-novembre, la BBC alertait sur cette situation : celle de 17 femmes dont le mari avait exigé le divorce après avoir su que leur épouse avaient voté pour le parti au pouvoir depuis 1961, le Chama Cha Mapinduzi (CCM), tandis qu’eux avaient choisi le candidat du parti d’opposition, le Front Civique Uni (CUF). Ce chiffre a depuis augmenté pour atteindre près de 50 femmes touchées, qui se retrouvent souvent seules avec leurs enfants, comme témoigne l’une d’entre elles dans The Guardian :

« Je pensais que c’était normal, dans une démocratie, d’avoir des idées qui diffèrent en politique, et que j’en étais libre. Mais malheureusement, mon mari a été inflexible, et a décidé de divorcer. Il a même décidé de ne pas fournir les besoins de base à nos jeunes enfants ».

Les associations souhaitent mener une campagne pour promouvoir la liberté politique à Zanzibar, notamment auprès des hommes. Dans The Week, une militante de Zafela s’inquiète :

« Ces divorces affectent énormément la démocratie sur l’île, car le libre choix de ces femmes est compromis par les ordres de leur époux. »

En attendant, si les élections en Tanzanie ont été validées, celles de Zanzibar ont été annulées : de nombreuses fraudes auraient été constatées. Un nouveau scrutin devrait être organisé en janvier ou février. Avec certainement, cette fois encore, des femmes qui hésiteront à voter pour le candidat de leur choix.

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