Tadjikistan : Le président et sa famille reçoivent l’immunité à vie

 Mercredi dernier, le Parlement tadjik décernait le titre de « Chef de la nation » à vie à Emomalii Rahmon, président en exercice depuis 1992. Un titre honorifique qui devrait renforcer un peu plus le culte de sa personnalité dans cette ex-république soviétique. Plus préoccupant encore, ce titre est accompagné d’une immunité à vie mettant à tout jamais Rahmon et sa famille à l’abri des poursuites judiciaires.

Le président tadjik Emomali Rakhmon en 2009. (Photo Flickr/  worldmetorg)
 Le président tadjik Emomalii Rahmon en 2009.
(Photo Flickr/ worldmetorg)

Vingt-trois années de pouvoir. Voilà ce que vient récompenser le titre honorifique de « Chef de la nation » à vie qu’a décerné mercredi dernier la chambre basse du Parlement du Tadjikistan à Emomalii Rahmon, 63 ans, comme le rapporte un récent article paru la semaine dernière dans les pages du Guardian.

Une décision que Choukourdjon Zoukhourov, le président du parlement tadjik, a justifiée en avançant qu’au cours de ses mandats successifs le président avait réussi à instaurer la paix et l’unité nationale au Tadjikistan (rappelons que le premier mandat de Rahmon avait coïncidé avec le début de cinq années de guerre civile). Depuis, l’indéboulonnable président, le deuxième élu depuis l’accès du pays à la « démocratie », n’aura jamais plus lâché rênes du pouvoir.

À la vue de l’important culte qui existe autour de sa personne, rien d’étonnant à ce que le Parlement ait décidé de créer un musée et une bibliothèque afin de commémorer son héritage. Plus inquiétant en revanche, le fait que le titre garantit également à Rahmon et à sa famille le bénéfice d’une immunité à vie.

À en croire Zoukhourov, la décision du Parlement ne contredit absolument pas la bonne poursuite de ce qu’il nomme « le processus de démocratisation du Tadjikistan ». Le président du parlement a également pointé du doigt le fait que d’autres pays aient dans le passé décerné des titres similaires à leurs chefs d’État. C’est d’ailleurs le cas de deux autres pays de la région : le Kazakhstan voisin, où le président est devenu le « Chef de la nation » en 2010, mais aussi le Turkménistan où le président turkmène, Gurbanguly Berdimuhamedow, a quant à lui reçu le surnom de “Protecteur”.

Reste que ces justifications n’auront pas réussi à convaincre les défenseurs de la démocratie qui critiquent depuis de nombreuses années le déroulement des élections dans le pays (dont aucune n’a jamais été qualifiée de “libre” par les observateurs internationaux). Ainsi, pour Oinihol Bobonazarova, une célèbre militante tadjike engagée en faveur de la défense des droits de l’homme, décerner un tel titre honorifique au président équivaut purement et simplement à « se moquer de la démocratie ».

Rappelons qu’au Tadjikistan, petit pays de huit millions d’habitants, aucune opposition au régime d’Emomalii Rahmon, même modérée, n’est tolérée. Dernier exemple en date, en septembre dernier lorsque les autorités du pays ont décidé de classer le parti de la Renaissance islamique, premier parti d’opposition du pays, comme « organisation terroriste » en accusant ce dernier d’être à l’origine de combats meurtriers qui avaient eu lieu dans le pays quelques semaines plus tôt.

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