Thaïlande : Un ouvrier risque 37 ans de prison pour avoir insulté le chien du roi

 Depuis le début des années 2000, les lois punissant le crime de lèse-majesté sont brandies à tort et à travers en Thaïlande. Une tendance qui ne s’est pas améliorée depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire par un coup d’État l’année dernière, elle qui n’hésite pas à l’utiliser pour museler le débat sur l’institution monarchique ainsi que sur ses propres dérives.

 Le roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, 88 ans, joue avec son chien Tongdaeng. (Photo Flickr/ fugzu)
 Le roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, 88 ans, joue avec son chien Tongdaeng.
(Photo Flickr/ fugzu)

En Thaïlande, l’utilisation excessive des lois punissant le crime de lèse-majesté, extrêmement sévères, font depuis longtemps débat. Pour rappel, l’article 112 du Code pénal permet de condamner toute personne qui insulterait « le roi, la reine, le prince héritier ou le régent » à de lourdes peines de prison assorties d’amendes conséquentes. Depuis une dizaine d’années, des groupes royalistes, les « hypermonarchistes », traquent toutes les critiques, même les plus triviales, émises à l’encontre de la monarchie ou des membres de la famille royale.

Si le fait que ce qui est dit sur Internet n’échappe pas à la règle n’a rien de nouveau, il semble cependant que la liste des personnes à ne pas insulter sous peine de risquer un séjour derrière les barreaux ne vienne de s’allonger encore davantage. Il faudrait apparemment maintenant y rajouter Tongdaeng, le « chien du roi ».

Selon un article du New York Times, un ouvrier thaïlandais du nom de Thanakorn Siripaiboon aurait été récemment convoqué devant un tribunal militaire pour avoir dénigré le chien du roi Bhumibol Adulyadej, 88 ans. Officiellement, il aurait écrit et publié un court texte « sarcastique » prenant pour cible le royal animal sur Internet. La junte thaïlandaise n’a cependant pas divulgué l’insulte précise faite du canidé.

Au-delà du crime de lèse-majesté envers le chien, l’homme est aussi accusé de sédition (crime contre la sûreté de l’État), ce qui constitue vraisemblablement la véritable raison de son arrestation, en partageant sur Facebook des allégations de corruption impliquant des membres de la junte.

Reste que s’il est condamné, Thanakorn Siripaiboon risque jusqu’à 37 ans de prison. Interrogé par le New York Times, son avocat, Maître Anon Numpa, a expliqué que bien que la notion de crime de lèse-majesté se soit drastiquement étendue ces dernières années, il n’aurait « jamais pu imaginer que la loi puisse concerner le chien du roi ».

On ne compte plus ceux, qu’ils soient thaïlandais ou étrangers, ayant fait l’objet de poursuites pour crime de lèse-majesté. Personne ne semble à l’abri. D’ailleurs, en 2012, l’ambassadeur américain lui-même avait eu l’occasion de faire un court séjour dans les geôles du pays. Et pour cause, ce ne sont pas les motifs (souvent grotesques) qui manquent. L’année dernière encore, un universitaire renommé a du faire face à des charges similaires pour avoir insulté un roi mort il y a près de 400 ans.

Pour ce qui est du chien Tongdaeng, il doit sa célébrité à un livre, véritable best-seller dans le pays, écrit à son sujet par le roi Bhumibol Adulyadej en 2002. Le chien y est décrit comme un animal « respectueux du protocole », « humble », « bien éduqué » et qui « s’assoit toujours plus bas que le roi ». Comme l’explique le New York Times, le livre est largement vu comme une allégorie sur l’importance du respect et de l’étiquette.

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