Japon : Il reste obligatoire pour les couples mariés de porter le même nom de famille

 En 2011, cinq citoyennes japonaises avaient saisi la Cour suprême du pays afin de demander l’invalidation d’une loi vieille de plus de 200 ans qui oblige les femmes à adopter le nom de famille de leur mari. Selon elles, cette loi serait inconstitutionnelle. Leur requête a néanmoins été jugée infondée ce mercredi. Le Japon reste donc l’un des derniers pays industrialisés où il est illégal pour un couple marié d’avoir deux noms de famille différents.

(Photo Flickr/ Simon Cumming)
(Photo Flickr/ Simon Cumming)

La Cour suprême japonaise a jugé ce mercredi qu’une loi datant du 19e siècle obligeant les couples mariés à porter le même nom de famille (il s’agit dans 96% des cas de celui du mari) ne s’inscrit pas en brèche de la constitution, comme le rapporte un récent article du Guardian. La décision de la Cour suprême représente un sérieux revers pour les cinq plaignantes qui demandaient son invalidation depuis 2011.

En effet, à les croire, cette loi attenterait aux droits civils des Japonais et, dans les faits, obligerait les femmes japonaises à adopter le nom de leur mari. « En perdant votre nom de famille […] vous êtes déconsidérée, vous n’êtes pas respectée. […] C’est un peu comme si une partie de vous était condamnée à disparaître », expliquait ainsi Kaori Oguni, une des plaignantes, au Guardian peu de temps avant le rendu du verdict.

C’est donc en compensation de la « détresse émotionnelle » et du « désagrément » causé par l’obligation de prendre le nom de leurs maris que les cinq Japonaises demandaient également à l’État des dommages et intérêts à hauteur de 6 millions de yens (soit environ 45 000 euros).

Petite victoire tout de même, la Cour suprême a néanmoins jugé qu’une autre provision légale, qui empêchait jusque-là les Japonaises de se remarier dans les six mois suivant leur divorce, violait quant à elle bel et bien la constitution du pays (NDLR, cette loi d’un autre âge avait été imaginée afin de limiter les possibilités de contester la paternité d’un enfant conçu peu de temps avant ou après une rupture). Le Japan Times précise cependant que la Cour suprême n’a pas décidé d’invalider la loi en question, mais simplement de réduire la durée imposée aux femmes souhaitant se remarier à 100 jours.

Ces deux verdicts interviennent alors que le gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe continue de militer en faveur d’une présence plus importante des femmes au travail, dans le but d’accroître la croissance économique.

Ces dernières années, la tentative de faire invalider la loi sur les noms de famille des couples mariés avait rencontré une forte opposition de la part de la frange conservatrice du panorama politique japonais. L’argument le plus souvent avancé par les opposants étant qu’autoriser les couples à porter deux noms de famille différents pourrait mettre en péril la notion de cellule familiale traditionnelle.

Le sujet continue malgré tout de diviser l’opinion publique. Ainsi, les résultats d’un récent sondage du quotidien japonais Asahi Shimbun avait montré que 52% des personnes interrogées se prononçaient en faveur du droit de choisir son nom de famille et que seuls 34% s’y opposaient. En revanche, 70% des répondants déclaraient qu’ils choisiraient tout de même d’adopter le même nom que leur conjoint si le choix leur en était laissé.

Comme le rappelle le Guardian, dans sa forme actuelle la loi reflète toujours la vision traditionnelle du mariage au Japon. C’est à dire une union entre deux familles, et non pas simplement entre deux individus. À l’époque de son introduction vers la fin de l’ère Meiji (période qui symbolise la fin de la politique d’isolement volontaire de l’archipel nippon), il était en effet de rigueur pour la nouvelle épouse de quitter sa famille pour devenir un membre à part entière de la famille de son mari.

De nos jours, les mentalités ont considérablement évolué. Au quotidien, un grand nombre de japonaises font le choix d’utiliser leur nom de jeune fille dans le cadre privé, voire parfois dans la sphère professionnelle. Ces dernières n’utilisent donc leurs noms d’épouses que dans le cadre de procédures officielles.

À l’annonce du verdict, le Comité des Nations Unies sur l’Élimination de la Discrimination à l’égard des Femmes a appelé le Japon à envisager au plus vite une révision desdites lois.

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