Pérou : Des vautours équipés de GoPro pour sensibiliser au recyclage

 Depuis le 7 décembre dernier, une dizaine de vautours équipés de GPS et de caméras GoPro survolent la ville de Lima, la capitale péruvienne. Surveillés à distance par une équipe de biologistes péruviens, les charognards transmettent sans le savoir des images qui seront ensuite utilisées par une agence de communication dans le cadre d’une campagne de sensibilisation sur le thème du recyclage des déchets. L’objectif est double : étudier l’amoncellement des ordures dans les rues de Lima tout en sensibilisant les habitants à l’importance du recyclage, mais aussi en apprendre un peu plus sur les habitudes de vie des charognards.

(Photo Flickr/ H. Silenus)
 (Photo Flickr/ H. Silenus)

Utiliser des vautours pour étudier l’amoncellement des ordures dans les rues de Lima, la capitale bolivienne, et sensibiliser les Péruviens à l’importance du recyclage. C’est l’idée peu commune d’une entreprise péruvienne, FCB Mayo Peru, chargée un peu plus tôt cette année par le ministère de l’Environnement péruvien et USAID-Pérou de développer une campagne de sensibilisation sur le thème du recyclage des déchets, comme le rapporte un récent article d’El País.

« Nous avons décidé qu’il fallait imaginer quelque chose d’innovant dans la mesure où les campagnes de sensibilisation ont tendance à se marcher sur les pieds en essayant de faire passer un trop grand nombre de messages. Nous en avons tiré la conclusion que la réponse se trouvait du côté du ciel », explique ainsi Flavio Pantigoso, directeur artistique chez FCB Mayo Peru. Suite à cette réalisation, l’entreprise est entrée en contact avec une équipe de biologistes péruviens. Ces derniers, après avoir émis des doutes quant à la faisabilité du projet, ont accepté de tenter l’expérience.

« Le vautour est un oiseau important pour maintenir l’équilibre de l’écosystème, pour convertir de la matière organique en décomposition en matière vivante. Mais d’un point de vue taxinomique, il s’agit de l’une des espèces les plus menacées. Cependant, nous ne savons pas exactement de quelle manière ils vivent, ni même s’ils sont amenés à changer leurs habitudes ou leurs lieux de repos lorsqu’ils vieillissent », commente ainsi le biologiste César Arana dans les pages du journal espagnol. Équarisseurs naturels, les vautours sont victimes de préjugés et chassés dans de nombreux pays. En Inde, par exemple, ils ont pratiquement disparu alors même qu’ils représentaient l’unique moyen de traitement des carcasses. Ils ont été depuis remplacés petit à petit par les chiens errants qui présentent un inconvénient de taille : ils sont porteurs de la rage.

Capturés en août dernier à l’aide de filets spéciaux, afin de ne pas risquer de blesser les oiseaux, la dizaine d’urubus noirs (espèce de vautours très répandue dans le pays) ont tout d’abord été examinés par des étudiants en biologie animale, et ce afin de s’assurer que leur état de santé les autorisait à pouvoir prendre part à l’expérience. Avec l’aide d’Arana et de son équipe, les oiseaux ont ensuite été équipés de GPS et de caméras GoPro afin de mettre en évidence grâce à leurs déplacements les zones de la ville où les déchets tendent à s’accumuler le plus.

Depuis le début du programme le 7 décembre, la totalité des informations récoltées depuis les airs par les urubus noirs est partagée avec le public sur Internet. Il est ainsi possible de suivre en direct les déplacements des oiseaux via Google Maps et même de se faire une meilleure idée de leurs trajets exacts par l’intermédiaire de messages postés par d’autres utilisateurs sur les réseaux sociaux. De son côté FCB Mayo Peru prévoit d’utiliser les meilleures images dans le cadre d’une campagne visant à encourager les habitants à signaler aux autorités les endroits les moins salubres de la ville.

Si la campagne ne durera qu’un mois, le travail de recherche devrait en revanche continuer pendant au moins deux ans afin de permettre aux scientifiques de mieux comprendre le comportement des oiseaux. « Nous voulons démontrer que ces oiseaux se sont adaptés aux conditions de la vie en ville. Nous cohabitons avec eux sans comprendre leurs habitudes, leur volonté de survivre, ni la manière dont ils s’acquittent de leur mission au sein de l’écosystème », confirme le biologiste.

Agglomération de près de 8,4 millions d’habitants, la ville de Lima souffre depuis plusieurs décennies du problème de la prolifération de déchets dans ses rues. Pour l’illustrer, il suffit de consulter les données du ministère péruvien de l’Environnement. En 2013, les travailleurs municipaux n’auraient par exemple collecté que 41,9% des déchets de la ville.

D’autres villes du pays, à l’instar d’Arequipa ou encore d’Huaral, ont signalé leur intérêt pour le programme. S’il n’est pas totalement exclu que le projet ne soit étendu à l’échelle nationale, pour l’heure aucune décision n’a encore été prise dans ce sens.

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