Les revues scientifiques, source d’information pour les braconniers

 Plusieurs revues scientifiques ont récemment commencé à retirer des articles qu’elles publient toute information risquant de faciliter la tâche des braconniers et des trafiquants d’espèces rares.

(Photo Flickr/ Frank Vassen)
 Un spécimen d’uroplatus phantasticus de Madagascar.
(Photo Flickr/ Frank Vassen)

En cela 2016 ne variera en rien de 2015. Cette année encore des milliers d’espèces et de sous-espèces à travers le monde risqueront l’extinction. Courant 2014, un rapport alarmant de la WWF nous apprenait que près de la moitié des espèces animales sur terre auraient déjà disparu. Plus inquiétant encore, il semblerait bien que « cette tendance lourde ne donne aucun signe de ralentissement ».

Selon la dernière édition de la Liste rouge mondiale de l’IUCN (un indicateur pour suivre l’état de la biodiversité dans le monde), en avril 2015, 23250 des quelques 79837 espèces animales étudiées étaient classées comme étant menacées. Cela représentait près d’une espèce de mammifères sur quatre, une espèce d’oiseau sur huit, ou encore une espèce d’amphibien sur trois. Lueur d’espoir : à en croire la WWF, il ne serait pas encore trop tard. En combinant développement et sauvegarde de l’environnement nous disposerions de moyens d’agir pour tenter d’inverser la tendance.

Seulement voilà, la Liste rouge de l’IUCN ne répertorie que les espèces d’ores et déjà découvertes par les scientifiques. Pourtant, il existerait plusieurs millions d’espèces qui restent encore à découvrir à travers le monde. Chaque année, les scientifiques en découvrent un grand nombre. D’ailleurs, ces dernières sont parfois amenées à faire la Une des médias.

Récemment, la prestigieuse revue scientifique chinoise Zootaxa annonçait la découverte de deux nouvelles espèces de grands geckos, quelque part dans le sud du pays. Avec une omission cependant : nulle trace dans l’article des informations qui pourraient permettre de déterminer leur situation géographique exacte.

« En raison de la popularité de ce genre d’espèces en tant qu’animaux de compagnies et des cas récurrents de descriptions scientifiques ayant mené à la quasi-disparition de l’herpétofaune du fait de collectionneurs, nous ne révélons pas les lieux de vie de ces espèces dans cette publication », est-il expliqué dans l’article. Il est également précisé que ces données, confiées aux bons soins d’agences gouvernementales, demeurent néanmoins accessibles par les scientifiques qui en feront la demande.

Par souci de rigueur, et même si cela n’est en rien obligatoire, les découvreurs ont longtemps eu tendance à publier des données géographiques très précises dans les revues scientifiques, qui sont généralement les premières à relayer ce type d’information. Problème : si ces informations permettent effectivement de facilement vérifier la véracité des propos des auteurs de ces articles, elles mettraient également parfois les espèces tout juste découvertes à la merci des trafiquants et autres braconniers, comme le révèle un récent article du Guardian.

Parmi les « victimes » : des lézards, des tortues, des grenouilles ou encore des serpents, révèle le quotidien britannique. Asie, Afrique, Amérique, aucune région du monde n’est épargnée. Exemple frappant, l’année dernière, seulement quatre mois après l’annonce dans la revue Zootaxa d’une espèce rarissime de geckos de la famille des Gekkonidae à Madagascar, des spécimens étaient d’ores et déjà disponibles sur le marché européen. Résultat : l’espèce, toute nouvelle quelle soit, est dorénavant catégorisée comme « Vulnérable » par l’IUCN.

Selon les dernières statistiques d’Eurostat, plus de 20 millions de reptiles vivants auraient été importés en Europe au cours de la dernière décennie. Le problème touche également d’autres espèces, dont les mollusques, les papillons et les oiseaux.

« Imprimer la situation géographique d’animaux rares, protégés, menacés, ou endémiques à des îles ou habitats bien spécifiques peut très facilement créer une demande, en particulier si ces derniers apparaissent comme étant charismatiques, colorés ou uniques dans leur morphologie », explique ainsi le biologiste Mark Auliya, qui tient actuellement la coprésidence de l’IUCN, au Guardian.

C’est pour cette raison qu’à l’instar de Zootaxa, un certain nombre de revues scientifiques auraient commencé à systématiquement retirer de leurs articles les informations (et pas seulement celles à caractère géographique) qui pourraient faciliter la tâche des braconniers et autres trafiquants d’espèces rares.

L’IUCN a récemment publié en ligne des recommandations à destination des scientifiques détaillant la meilleure manière de publier ces informations sensibles dans le cas d’espèces pouvant devenir la cible des trafiquants d’animaux rares. Comme le souligne le Guardian, ce n’est malheureusement pas encore le cas de la majorité des revues scientifiques de référence.

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