L’augmentation du nombre de débris spatiaux pourrait engendrer un conflit armé

Actuellement, plus de 300 000 débris spatiaux orbitent autour de notre planète. En raison de sa densité trop importante, cet « espace poubelle » (comme le surnomme les scientifiques) risque de provoquer des collisions en chaîne, ce qui pourrait à terme rendre certaines zones de l’espace inutilisables. Pire encore, à en croire un rapport qui sera prochainement publié dans la revue scientifique Acta Astronautica, ces déchets en orbite poseraient même un « sérieux danger politique ». En effet, il est de plus en plus difficile pour les États de déterminer si la destruction ou l’endommagement d’un satellite par des débris relève de l’accident ou de l’acte délibéré.

L'Augmentation du nombre de déchets en orbite autour de la Terre depuis 1960
L’Augmentation du nombre de déchets en orbite autour de la Terre depuis 1960

En mars 2013, un nanosatellite russe, Blits, entre en collision avec un morceau du satellite météorologique chinois Fengyun-1C. C’est alors la seconde fois dans l’histoire spatiale qu’une collision se produit en orbite basse. Face à l’étendue des dommages infligés à Blits, les Russes n’ont pas d’autre choix que de désactiver leur satellite. Problème : les débris de l’engin chinois ne se trouvaient pas là par hasard. Leur présence découlait directement de la décision de la Chine, six ans plus tôt, d’utiliser un de leurs missiles pour détruire Fengyun-1C. C’est cette démonstration de force, visant à illustrer les capacités antisatellitaires du pays, qui avait entrainé la dispersion en orbite de près de 3000 débris spatiaux.

L’exemple de la destruction de Blits permet de mettre en lumière le « sérieux danger politique » que peuvent représenter les quelque 300 000 débris spatiaux qui orbitent actuellement autour de la Terre, comme l’explique un récent article paru dans les pages du Guardian. Pour illustrer son propos, le journaliste s’intéresse aux résultats d’un rapport qui devrait prochainement être publié dans la revue scientifique Acta Astronautica.

Selon ses auteurs, l’existence d’un trop grand nombre de ces débris spatiaux participerait à brouiller les lignes entre accidents et attaques délibérées, rendant ainsi la tâche plus difficile aux États, au risque d’exacerber les antagonismes. Dans la mesure où une collision avec des débris de quelques centimètres à peine peut entrainer la destruction du plus sophistiqué des satellites militaires, il est facile de comprendre pourquoi. À en croire l’un des auteurs du rapport, le Russe Vitaly Adushkin de l’Académie des Sciences de Moscou, les enjeux sont tels que si ce type d’accidents venait à se répéter trop souvent, il n’est pas à exclure que cela débouche un jour sur un conflit armé.

L’existence de ces débris pourrait provoquer des tensions politiques, voire même un conflit armé, entre grandes puissances spatiales. Le propriétaire de l’un des satellites touché et détruit peut difficilement déterminer la cause réelle de l’accident.

Adushkin ajoute également qu’au cours des dernières décennies de nombreuses défaillances de satellites n’ont jamais pu être expliquées. Selon lui, il n’y a pourtant que deux possibilités : une collision avec des débris spatiaux non identifiés ou bien un acte agressif de la part d’un compétiteur, un choix binaire qui représente un « dangereux dilemme politique ».

Selon les informations du Guardian, qui a eu accès au rapport, le nombre de débris situés en orbite basse de la terre (moins de 2000 km) a augmenté de manière dramatique au cours de ces cinquante dernières années. De plus, dans l’état actuel des choses et si rien n’est fait pour y remédier, Adushkin et son équipe prédisent que le nombre de fragments devrait considérablement augmenter. En cause, un inévitable effet domino : des débris spatiaux rentrant en collision avec d’autres débris spatiaux créant ainsi encore plus de débris spatiaux.

Le Département de la Défense des États-Unis et l’Agence spatiale fédérale russe épient actuellement les moindres déplacements des 23 000 plus gros déchets de l’espace (ceux d’un diamètre supérieur à 10 cm). De plus, il est communément admis que près d’un demi-million de fragments dont la taille serait comprise entre un et dix centimètres, mais aussi plusieurs milliards de particules plus petites, flotteraient également en orbite de la planète bleue.

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