Royaume-Uni : La taxe sur les produits sucrés pousse les géants du soda à changer leurs recettes

Coca-Cola, Pepsi ou encore Kellogg’s, autant de grands noms de l’industrie de transformation des produits alimentaires qui ont décidé de s’engager à diminuer la part de sucre dans leurs produits. Pourquoi maintenant ? Pour brosser dans le sens du poil un gouvernement britannique qui s’apprête à adopter une taxe sur les produits sucrés.

Si Coca-Cola a promis de réduire de 20% la quantité de sucre de la majorité de ses boissons, il n'en est rien pour son produit phare du même nom. (photo flickr/cowboyphotoslv)
Si Coca-Cola a promis de réduire de 20% la quantité de sucre de la majorité de ses boissons, il n’en est rien pour son produit phare du même nom. (photo flickr/cowboyphotoslv)

Près des deux tiers de la population adulte du Royaume-Uni seraient en surpoids. En cause, les mauvaises habitudes alimentaires dangereuses pour la santé devenues, dans le pays, principales causes de maladies évitables devant la cigarette. Notamment, quatre millions de Britanniques seraient diabétiques.

Face à cette situation d’ « urgence sanitaire nationale », pour reprendre les mots de l’ONG Diabetes UK, le National Health Service (NHS), le système de la santé publique du Royaume-Uni, a décidé d’agir et de lancer d’ici 2020 sa propre “taxe” sur les produits sucrés vendus en hôpitaux.

Du côté gouvernemental, après avoir longtemps écarté l’idée d’intégrer une taxe sur les produits sucrés à l’échelle nationale dans le cadre du prochain plan de lutte contre l’obésité infantile, David Cameron et son équipe a finalement décidé de faire volte-face début janvier. Un enjeu de taille puisqu’il est estimé qu’une taxe de 20% sur les produits sucrés pourrait générer près d’un milliard de livres de recettes supplémentaires dans les caisses de l’État britannique.

Il y a quelques semaines, le Premier ministre conservateur s’est adressé aux géants de l’industrie de transformation des produits alimentaires dans un message leur intimant de prendre des mesures au plus vite. Sinon quoi ? L’adoption de cette taxe qu’ils honnissent tant. Sans surprise, le message semble avoir été entendu. En réaction, plusieurs grands noms de l’industrie de transformation des produits alimentaires ont multiplié les promesses de réduire les quantités de sucre présentes dans leurs produits phares, comme le rapporte un récent article paru dans The Telegraph.

Particulièrement vocales, certaines marques vont même jusqu’à parler de l’introduction d’une « série de mesures sans précédent ». Au nombre de ces nombreuses promesses, Kellogg’s s’engage à réduire de 723 tonnes la quantité de sucre ajoutée à ses différentes céréales (Frosties, Coco Pops…) l’année prochaine. De 35%, le niveau de sucre pourrait donc passer à un peu moins de 20%. Les fabricants de Lucozade et de Ribena envisagent, eux, de diminuer le niveau de sucre présent dans leurs produits de 10% d’ici 2018 et de 20% d’ici 2025. Pepsi promet pour sa part de ne plus diffuser de spots publicitaires à destination des enfants. Enfin, Coca-Cola assure que le niveau de sucre présent dans la plupart de ses boissons gazeuses diminuera de près de 20%, à l’exception notable de son produit phare du même nom (NDLR, une canette de 33cl contient environ sept cuillerées à café de sucre).

Et la liste n’est pas exhaustive. D’autres fabricants promettent par exemple d’éviter les campagnes de communication ciblant les jeunes consommateurs (NDLR, âgés de moins de 16 ans) ou encore d’introduire de nouvelles gammes de produits, prétendument plus saines. Quoi qu’il en soit, ces mesures combinées permettraient, selon eux, de réduire de près d’un cinquième la consommation totale de sucre des Britanniques.

Les compromis proposés par les industriels suffiront-ils à avoir raison de la détermination des défenseurs de la taxe sur les produits sucrés, en tête desquels se trouve le très loquace Jamie Oliver ? À en croire la récente allocution du cuisinier devant le comité sur la santé de la Chambre des communes, probablement pas : « Nous devons nous montrer grands et fiers. Qui est aux commandes du pays ? Les entreprises qui se font de l’argent au détriment de la santé des gens ou nous ? ». Pour ce qui est du gouvernement de Cameron, en revanche, c’est une tout autre histoire.

Recommandé pour vous

0 commentaires