Russie : Plus d’un million de porteurs du virus du sida

 En Russie, près d’un million et demi de personnes vivraient avec le VIH, soit 1 % de la population totale du pays. Plus grave encore, le responsable du Centre fédéral russe de lutte contre le sida estime qu’environ 70% des patients diagnostiqués n’ont actuellement aucun accès aux traitements antirétroviraux qui leur sont pourtant nécessaires.

(Photo Flickr/&nsbp;Sham Hardy)
(Photo Flickr/ Sham Hardy)

Un signe des temps. En décembre dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, le célèbre présentateur russe Pavel Lobkov, 48 ans, révélait sa séropositivité en direct sur la chaîne de télévision indépendante Dojd. L’annonce a suscité un vif émoi sur les réseaux sociaux du pays. D’un côté, les messages de soutien se sont multipliés. De l’autre, le présentateur a également reçu de nombreuses insultes, voire des menaces à peine voilées — dont une majorité à caractère homophobe.

Le cas de Lobkov n’a rien d’une exception. La Russie est l’un des rares pays du monde où l’épidémie de sida n’a de cesse de progresser. Il suffit de jeter un coup d’œil aux statistiques officielles pour s’en convaincre. En 2010, le pays ne comptait que 500 000 séropositifs. En ce début d’année 2016, c’est la barre symbolique du million qui a été franchie.

Rien d’étonnant à ce que Vadim Pokrovsky, le président du Centre fédéral russe de lutte contre le sida, cité par l’agence de presse Reuters, n’ait tiré la sonnette d’alarme ce lundi. Selon lui, le chiffre d’un million reste encore très en dessous de la réalité. Celui d’un million et demi de Russes séropositifs serait plus réaliste.

Si c’est bel et bien le cas, cela voudrait dire que 1% des 144 000 000 millions de personnes vivant actuellement en Russie seraient porteur du virus du sida. À en croire les chiffres avancés par Vadim Pokrovsky, la Russie serait donc le second foyer d’Europe de porteurs du VIH, derrière l’Estonie. À titre de comparaison, on estime qu’en France 150 000 personnes sont porteuses du VIH (soit 0,22% de la population), dont 30 000 sans le savoir.


L’épidémie se fait de plus en plus sérieuse. Et malheureusement, les mesures qui ont été prises ne sont pas suffisantes pour l’endiguer.

En 2014, 90 000 nouveaux cas de VIH étaient recensés en Russie. À ce rythme-là, le Centre fédéral russe de lutte contre le sida estime que la barre des deux millions de porteurs devait être franchie d’ici 2019. Plus inquiétant encore, toujours selon Vadim Pokrovsky, seuls 30% des patients diagnostiqués auraient accès aux trithérapies à l’heure actuelle (NDLR, des traitements combinant plusieurs médicaments à la fois afin de combattre le VIH sur plusieurs fronts en même temps). L’homme est amer et estime que le Kremlin ne lui fournit pas la moitié des fonds dont il aurait besoin afin de pouvoir lutter efficacement contre la maladie.

La Russie débute donc 2016 d’une bien triste manière, et cela n’a malheureusement pas grand-chose d’étonnant. En effet, le sujet du VIH demeure de nos jours très largement tabou en Russie où l’opinion publique continue généralement d’associer le virus, relativement peu connu, à l’adultère et à l’homosexualité.

(Photo  FrontAids Russia)
Des activistes de l’ONG FrontAIDS Russia demandent la mise à disposition de traitements du VIH pour les drogués devant des bâtiments administratifs à Saint-Pétersbourg.
(Photo  FrontAIDS Russia/Masha Ovchinnikova)

Et ce n’est certainement pas la cote de popularité, en forte hausse, de l’influente Église orthodoxe qui va aider à lutter contre la stigmatisation de la maladie. Toujours farouchement opposée à l’utilisation du préservatif, elle est aussi plus proche du Kremlin que jamais. S’ajoute à ça les politiques, pour le moins agressives, menées par le gouvernement russe en matière de droits des homosexuels et de lutte contre la drogue. Par exemple, en pénalisant la « propagande homosexuelle » auprès des mineurs, la Douma a encore rendu un peu plus difficile l’accès à de cruciales ressources éducatives ayant trait au VIH.

Comme le rappelle The Independent dans l’un de ses articles, 57% des cas d’infection au VIH en Russie découleraient de la consommation de drogues et près de 20% des consommateurs de drogues identifiés seraient porteurs du virus du sida.

Recommandé pour vous

0 commentaires

Connexion

Réinitialiser mot de passe

Recevez 8e étage dans votre boîte mail !

L'information que vous n'avez pas lue dans les autres médias ! 📬
S'INSCRIRE