Une ville italienne interdit ses terrains de jeux aux enfants de fraudeurs

 Dans l’espoir de combler un déficit fiscal de près de 100 000 €, la mairie de San Germano Vercellese, une petite commune italienne de la région du Piémont, a décidé de s’attaquer aux enfants pour faire plier les parents-fraudeurs. Parmi ces mesures plus que douteuses : leur interdire l’accès aux aires de jeux ou encore les priver de déjeuner à la cantine scolaire.

(Photo Flickr/ j.casey.oneill)
(Photo Flickr/ j.casey.oneill)

«Les taxes sont utilisées pour financer des services, et ceux qui ne les paient pas n’ont aucun droit d’y avoir accès », justifie Michela Rosetta, maire de la petite commune piémontaise de San Germano Vercellese, en Italie, dans les pages de La Stampa. Elle y commente sa décision de recourir à une série de mesures peu orthodoxes, voire carrément abjectes, pour venir à bout de la fraude. Le tout dans l’espoir de finalement réussir à combler un déficit fiscal de près de 100 000 € auquel fait face la petite ville de 1800 habitants.

Des mesures abjectes qui ne ciblent pas les fraudeurs mais leurs enfants. Interdiction d’accéder aux aires de jeux municipales ou encore privation de déjeuner à la cantine scolaire, voici quelques exemples des méthodes employées pour ramener les mauvais payeurs sur le droit chemin. Elles en accompagnent d’autres, à destination cette fois-ci de toute la famille (par exemple, ne plus distribuer gratuitement de sacs-poubelle et ne plus collecter les ordures), qui ne seront levées que lorsque les intéressés auront finalement payé leurs taxes.

Dans un article, La Stampa explique que les autorités ont établi une liste détaillée de 180 mauvais payeurs. Avant que ne leur soient imposées les sanctions, les personnes concernées auraient préalablement reçu une lettre d’avertissement les invitant à contacter la mairie pour trouver une solution au plus vite. «Les situations de certaines familles en difficulté ont fait l’objet d’une médiation, leur permettant de différer les paiements », précise Giorgio Carando, l’un des conseillers municipaux de la ville.

S’il est relativement simple de déterminer qui n’a pas payé ses taxes, il reste cependant à voir de quelle manière la ville entend réussir à priver totalement ces personnes de service public. « Nous ne souhaitons pas bannir des gens, mais simplement leur apprendre le respect des affaires publiques », ajoute la maire.

Comme on pouvait s’en douter, les réactions outragées ne sont pas faites attendre. «Parmi les familles auxquelles on a interdit l’entrée des parcs, un grand nombre sont d’origine marocaine », explique Aity Ahmed, le président d’Al Aman, l’association culturelle musulmane de la ville, dans les pages de La Stampa. Selon lui, ces mesures sont une cause potentielle de ségrégation. «Ce n’est pas juste de faire endosser aux enfants les responsabilités des parents — maintenant, ils savent qu’ils ne sont pas les bienvenus ».

L’homme, qui a demandé une entrevue avec la maire au plus vite, se dit prêt à organiser des manifestations pacifiques si la ville ne fait pas marche arrière. «Un grand nombre d’entre-nous sont citoyens italiens, tout comme le sont nos enfants, mais ce n’est pas la première fois que la maire de cette ville discrime ceux qu’elle considère comme des étrangers », ajoute Aity Ahmed. De son côté, Michela Rosetta se dit prête à parler aux mécontents, mais réfute catégoriquement toute accusation de discrimination ou de racisme : « Les seuls que je discrimine, ce sont les mauvais payeurs ».

Si les mesures abusives prises par la mairie de San Germano Vercellese ont toutes les chances de se montrer contre-productives, il n’en reste pas moins vrai que la fraude fiscale constitue toujours un problème majeur dans la péninsule. Un rapport de la Commission Européenne, publié l’année dernière, montrait que la fraude avait coûté au pays près du tiers de ses revenus fiscaux en 2013. Perte nette évaluée : 47,5 milliards d’euros.

Résultat, le fisc italien n’a jamais semblé si agité qu’en ce début d’année 2016. Il vient ainsi d’annoncer qu’il allait réclamer plus de 200 millions d’euros à Google, qui se serait joué de lui pendant des années. En parallèle, les magistrats italiens ont également initié la très médiatique opération « Hors-jeu », qui concerne 35 clubs de Serie A et B qui auraient mis en place un vaste système pour ne pas payer leurs impôts des années durant.

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