Roumanie : Il n’est plus possible d’écrire des livres bidons pour sortir de prison

 Instaurée par le biais d’une loi en 2013, la possibilité pour les prisonniers roumains de bénéficier d’une remise de peine d’un maximum de trente jours pour chaque œuvre scientifique publiée a très rapidement fait l’objet de nombreux abus. Un homme politique derrière les barreaux serait même allé jusqu’à écrire, ou plus vraisemblablement faire écrire en son nom, neuf livres bidons sur des sujets divers en un peu moins de deux ans. Confrontée à de nombreuses dérives de ce genre, la Roumanie vient de décider de suspendre la loi jusqu’au 1er septembre prochain.

(photo d'illustration flickr/Andrew storms)
(photo d’illustration flickr/Andrew storms)

Coup dur pour les nègres roumains. Depuis 2013, une loi permettait aux prisonniers de pays qui publiaient une œuvre scientifique de se voir accorder une remise de peine d’un maximum de trente jours par livre publié, le tout au nom de l’intérêt public. Seuls les juges étaient jusqu’alors habilités à décider si l’œuvre méritait ou non son octroi.

Cette loi, le pays vient tout juste de décider de la suspendre, du moins jusqu’au 1er septembre prochain, comme nous l’apprend un récent article du Guardian. La ministre de la Justice, Raluca Pruna, avait même été jusqu’à demander son annulation pure et simple, mais a vu sa demande rejetée par le Conseil supérieur de la magistrature.

Cette suspension n’a rien de bien surprenant. En effet, si la mesure avait connu un large succès, le phénomène s’était également très vite transformé en un véritable business. À en croire les chiffres avancés par le ministère de la Justice, 340 livres auraient été publiés par des prisonniers l’année dernière, contre seulement 90 en 2014 et 14 en 2013. Des vocations soudaines ? Rien n’est moins sûr.

Avant que sa suspension ne soit décidée, la loi avait été vertement critiquée par plusieurs procureurs enquêtant sur de possibles cas de plagiat ou d’emploi de nègres par des prisonniers peu scrupuleux — parmi ceux-ci, des hommes d’affaires et des politiciens. Cas particulièrement emblématique, cité par le New York Times, la soi-disant écriture par un prisonnier d’un livre de 212 pages en seulement sept heures. La palme du prisonnier le plus prolifique revient néanmoins à Nicolae Vasilescu, un ancien membre du parti nationaliste de la « Grande Roumanie » depuis retiré de la vie politique, qui aurait réussi l’exploit d’écrire rien de moins que neuf livres bidons sur des sujets divers et variés en l’espace de deux ans.

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