La Géorgie envisage de rendre le blasphème illégal

 Comme ce qui se fait dans certains pays du monde, par exemple au Pakistan ou encore en Russie, la Géorgie, petit pays caucasien situé aux frontières de l’Europe et de l’Asie, envisagerait de rendre le blasphème illégal. Une volonté qui inquiète les défenseurs de la liberté d’expression dans un pays où 83,9% de la population se disent orthodoxes.

Une messe dans la cathédrale orthodoxe de Tbilissi. (Photo Flickr/ tamasmatusik)
Une messe dans la cathédrale orthodoxe de Tbilissi.
(Photo Flickr/ tamasmatusik)

La Géorgie s’apprêterait-elle à suivre l’exemple de la Russie de Vladimir Poutine ? Selon le site d’information Eurasianet.org, la petite république caucasienne envisagerait de faire passer une loi interdisant le blasphème. D’ores-et-déjà approuvée par une commission préliminaire le 2 février dernier, elle serait sur le point d’être présentée au parlement.

Dans les faits, la proposition de loi rendrait passible d’une amende de cent laris (36 euros) toute « insulte à des sentiments religieux ». Une contravention qui se verrait multipliée par deux dans le cas d’une offense répétée. La profanation d’un symbole religieux serait quant à elle passible d’une amende de 1000 laris. Des sommes importantes dans un pays où le salaire mensuel moyen est d’environ 818 latis (un peu moins de 300 euros).

Les nombreux opposants à cette loi s’inquiètent des conséquences que pourrait avoir un tel texte sur la liberté d’expression. Comme le précise le Guardian, la loi pourrait très facilement être utilisée à l’encontre de toute organisation qui s’éloignerait de la ligne officielle de l’Église.

Les partisans de la proposition de loi avancent quant à eux que son adoption bénéficierait à l’ensemble des groupes religieux du pays. Des propos loin de convaincre Rusudan Gotsiridze, un évêque de l’église baptiste de Géorgie, interrogé par le média géorgien Liberali.ge :

Cette loi ne va pas protéger qui que ce soit, enfin tout du moins pas les minorités. Elle sera sans aucun doute un outil puissant contre la liberté d’expression

Comme le précise le Guardian, il existe malheureusement des précédents dans ce sens. Dans le passé, des congrégations orthodoxes géorgiennes se sont ainsi opposées à l’ouverture de mosquées ou de madrassas dans l’ouest du pays. Pourtant, bien qu’il semblerait que l’Église soit la première à bénéficier d’une telle loi, les autorités géorgiennes insistent sur le fait qu’elle n’est absolument pas derrière cette proposition.

Encore de nos jours, l’Église orthodoxe géorgienne demeure extrêmement populaire dans le petit pays. Et pour cause, elle est bien souvent considérée comme la gardienne historique de l’identité nationale en raison du rôle particulier qu’elle a pu jouer dans l’histoire de la nation géorgienne. Si elle n’est pas officiellement considérée comme religion d’État, elle bénéficie tout de même d’un pacte constitutionnel avec la république qui lui accorde un rôle particulier et garantit son indépendance. Depuis de nombreuses années, son chef, le patriarche Ilia II, y est l’une des personnalités préférées des Géorgiens.

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