L’Indonésie demande la suppression des émoticônes pro-LGBT

(Capture d'écran  Facebook)
(Capture d’écran  Facebook)

Les émoticônes pro-LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et trans) ne sont décidément pas du goût de Jakarta. Il y a quelques semaines, l’application de messagerie coréo-japonaise Line rendait ses émoticônes représentant des couples de personnes du même sexe inaccessibles à ceux de ses utilisateurs vivant en Indonésie. La raison officielle ? Un grand nombre d’utilisateurs s’en seraient plaints. Officieusement, la décision découle probablement de pressions exercées par le gouvernement.

Grisé par ce succès, ce dernier a maintenant décidé de s’attaquer aux réseaux sociaux les plus populaires du pays, Whatsapp, Twitter et Facebook, ainsi que le rapporte un article paru dans le quotidien indonésien Republika. Étroitement contrôlé par la junte au pouvoir, le titre rapporte les propos du porte-parole du ministère de l’information, Ismail Cawidu, qui y justifie le soi-disant bien-fondé des demandes de Jakarta :

Aucun réseau social ne peut montrer des contenus ayant un relent LGBT. Parce que nous avons nos propres règles, normes culturelles et valeurs religieuses, qu’ils se doivent de respecter

L’homme précise également que si les émoticônes pro-LGBT sont si préoccupantes c’est parce que leur forme « pourrait attirer les enfants ». La nature des retombées qui attendraient les réseaux sociaux qui refuseraient de se plier à la demande n’a en revanche pas encore été précisée.

Il s’agit là d’une nouvelle attaque en règle contre la communauté LGBT du pays. L’homosexualité y demeure pourtant légale dans la majorité des provinces — à l’exception de celle d’Aceh où la charia est strictement appliquée depuis décembre 2014. Malgré cela, les positions de la majorité conservatrice musulmane, notoirement anti-LGBT, continuent de rendre extrêmement compliqué les discussions autour d’autres formes de sexualité que l’hétérosexualité.

Depuis l’arrivée au pouvoir de la junte, la rhétorique gouvernementale n’a d’ailleurs de cesse de se durcir à ce sujet. Dernièrement, les déclarations ouvertement homophobes seraient même devenues monnaie courante, comme le dénonce une lettre ouverte d’Human Rights Watch au président Joko “Jokowi” Widodo.

Le mois dernier, le pays annonçait même, par le biais de son ministre de l’éducation supérieure, que les membres de la communauté LGBT seraient à l’avenir interdits d’accès aux campus des universités s’ils « se livraient à des démonstrations d’affection en public ».

Selon Ismail Hasani, directeur de recherche à l’institut de Setara interrogé par la BBC, la décision de Jakarta d’interdire les émoticônes pro-LGBT – bien qu’inoffensive en apparence – pourrait en réalité se révéler extrêmement néfaste pour la société : « cela renvoie au public l’image que la communauté LGBT est quelque chose à laquelle il convient de s’opposer, et soyez sûrs que le public, par l’intermédiaire de différentes organisations, s’y opposera ».

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1 commentaires

  1. irenee 4 années ago

    Et sait-on comment on réagit les principaux intéressés, les réseaux sociaux en question..? Entre universalisme bien pensant et relativisme business, où se situent-ils ?

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