Il est désormais illégal d’avorter en Abkhazie

 La semaine dernière, la république autoproclamée d’Abkhazie, province séparatiste prorusse située à l’extrême ouest de la Géorgie, annonçait que l’avortement serait dorénavant illégal dans la région. Une décision justifiée par la volonté de relancer une croissance démographique en berne depuis près de 25 ans.

Le président abkhaze Raul Khadjimba serre la main de Vladimir Poutine après la signature d'un partenariat stratégique en 2014. (Photo Flickr/ Day Donaldson)
Le président abkhaze Raul Khadjimba, à gauche, serre la main de Vladimir Poutine après la signature d’un partenariat stratégique avec la Russie en 2014.
(Photo Flickr/ Day Donaldson)

«L’État reconnaît le droit à la vie d’un enfant à naître à partir du moment de sa conception et interdit les interruptions artificielles de grossesse ». Cette phrase, extraite du texte d’une nouvelle loi signée lundi dernier par Raul Khadjimba, le président de fait de l’Abkhazie, fait partie d’un ensemble de textes sur les soins de santé adopté le 29 janvier dernier par le parlement abkhaze.

Dans les faits, en protégeant explicitement les droits des enfants à naître, elle interdit purement et simplement le recours à l’avortement dans l’enclave séparatiste, comme l’explique un récent article de Radio Free Europe / Radio Liberty. L’interdiction, qui n’autorise le recours à une intervention que dans le cas d’un fœtus mourant dans le ventre de sa mère, a pris effet immédiatement après son adoption.

Selon Said Kharazian, un législateur abkhaze interrogé par Interfax sur la raison de cette décision, il était nécessaire d’interdire l’avortement car il participait à « rédui[re] artificiellement la population, déjà peu importante, d’Abkhazie ». Selon lui, pas moins de 11 900 avortements auraient été pratiqués dans la région depuis 1993.

La nouvelle législation abkhaze contraste très fortement avec celle des pays voisins où l’avortement demeure depuis l’époque communiste une forme culturellement acceptée de régulation des naissances — l’exemple russe est sur ce point saisissant.

Du côté géorgien, les groupes pro-vie n’ont pas encore réussi à faire interdire l’avortement malgré de multiples campagnes de communication catalysées par la montée du sentiment religieux qui a suivi la chute de l’URSS.

L’Abkhazie, petite province séparatiste prorusse d’une superficie de 8 600 km2, fait rarement la Une des médias traditionnels. Et pour cause, depuis qu’elle a déclaré son indépendance de la Géorgie en 1992, celle que les Soviétiques avaient surnommée la « Riviera géorgienne » subit de plein fouet les terribles conséquences d’un conflit gelé. De nos jours, son économie, autrefois portée par la production agricole, reste en berne. Elle dépendrait à près de 70% de donations russes.

D’un point de vue démographique, la situation n’est guère meilleure. De près de 500 000 habitants en 1989, l’Abkhazie est passée à seulement un peu plus de 240 000 en 2011. En cause, les expulsions de près de 250 000 Géorgiens au cours de la période de sécession d’avec la Géorgie (qualifiée par les Géorgiens d’opération de purification ethnique), mais aussi les conséquences de la guerre de 1992-1993. La composition de la population abkhazienne s’en est trouvée fortement modifiée. La région qui comptait 48% de Géorgiens et 17% d’Abkhazes en 1989 compte aujourd’hui 29% d’Abkhazes et 29% de Géorgiens auxquels il convient d’ajouter 20% d’Arméniens et 16% de Russes.

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