Dans les profondeurs des mines d’Ukraine de l’Est

Dans l’est de l’Ukraine, les mines de charbon autrefois clandestines ont été légalisées par les rebelles prorusses après la guerre civile. Pourtant, sous terre, rien n’a changé. Hormis le fait que le charbon alimente désormais l’ennemi…

Mikhail Ivanov raconte qu'il a été témoin de peu de décès durant ses 25 ans de carrière, mais que de plusieurs catastrophes ont été évitées de peu. (photo Kyrre Lien/8e étage)
Mikhail Ivanov explique qu’il n’a été le témoin que de peu de décès durant ses 25 ans de carrière, pourtant, à plusieurs reprises, la faucheuse n’est pas passée loin.
(photo Kyrre Lien/8e étage)

De l’obscurité naquit la peur. Tolek, 14 ans, essayait de garder son calme alors que le wagon l’emportait dans les tréfonds de la mine, à quelque 800 mètres de profondeur. Le jeune garçon avait peur que l’un des piliers de bois ne cède et que le toit s’effondre sur lui et le reste des mineurs. Ce genre d’accident arrive régulièrement ici, dans l’est de l’Ukraine.

En mars de l’année dernière, 33 personnes ont perdu la vie dans l’effondrement d’une mine à l’extérieur de Donetsk. Comme il s’agissait d’une mine importante et qu’elle appartenait à l’État, l’information a fait la Une des journaux du monde entier. Mais quand c’est l’une des nombreuses mines illégales qui s’effondrent, les médias ne sont pas toujours intéressés. À la place, les familles reçoivent une compensation de la part des propriétaires et la mine ferme — et devient un cimetière collectif secret au plus profond de la forêt.

C’est dire si l’adolescent de 14 ans avait toutes les raisons d’avoir peur. « C’était si sombre, si froid, si humide. On ne pouvait presque pas respirer », se remémore Tolek lorsque nous le rencontrons à la fin de sa rotation, six ans après sa première descente. « Je me suis dit, ne montre pas que tu as peur. Sois un homme. »

Tolek, 20 ans, travaille dans les mines illégales depuis qu'il a 14 ans. La mine dans laquelle il travaille a désormais été légalisée par les rebelles. (photo Kyrre Lien/8e étage)
Tolek, 20 ans, travaille dans les mines illégales depuis l’âge de 14 ans. La mine dans laquelle il œuvre actuellement a depuis été légalisée par les rebelles. (photo Kyrre Lien/8e étage)

La première fois qu’il a fait le voyage jusqu’à la petite mine perdue dans les bois à proximité de la ville minière de Snijné, il était accompagné d’un ami. Ils ont menti sur leur âge, ont dit qu’ils avaient 16 ans et se réjouissaient à l’idée de travailler plusieurs jours par semaine. Résultat, l’école est très vite passée au second plan.

« Mon ami et moi nous avions besoin de cet argent. Il avait récemment mis une fille enceinte, et moi j’avais besoin de cash pour aider ma famille ». Quand nous lui demandons ce que ses parents ont d’abord pensé de son nouveau travail, il répond simplement: « Ils ont toujours respecté les bosseurs ».

Snijné, où nous avons rencontré Tolek, est passée sous le contrôle des rebelles prorusses au printemps 2014. Ici, les grandes mines de l’État et les petites mines dans les bois coexistent depuis des décennies. Les premières fournissent du travail aux mineurs diplômés. Ils bénéficient d’une sécurité sociale et sont défendus par des syndicats influents. Dans les bois, ce sont d’autres règles. Les conditions sont plus dangereuses, les heures de travail plus longues, les passages plus étroits, mais les adolescents inexpérimentés qui y travaillent sont payés près du double des travailleurs des mines de l’État, et ce malgré le fait qu’ils n’aient jamais reçu la moindre formation.

Les rebelles ont légalisé toutes les mines de l'Ukraine de l'Est pour ramener de l'argent grâce aux taxes. La mine d'Aleksandr Belois extrait environ 110 tonnes de charbon par mois. Elle reste malgré tout plus petite que la plupart des autres mines illégales disséminées dans les bois. (photo Kyrre Lien/8e étage)
Les rebelles ont légalisé toutes les mines d’Ukraine de l’Est afin de collecter de l’argent grâce aux taxes. La mine d’Aleksandr Belois extrait environ 110 tonnes de charbon par mois. Elle reste malgré tout plus petite que la plupart des autres mines illégales disséminées dans les bois. (photo Kyrre Lien/8e étage)

Jusqu’à récemment, ils appartenaient à la partie cachée des mineurs de la société ukrainienne. Et puis Snijné a fini par tomber aux mains des rebelles prorusses et s’est vue intégrée aux territoires de la République populaire de Donetsk. L’une des premières décisions des rebelles a été de légaliser toutes les mines illégales du Donbass. En janvier de l’année dernière, un membre du parlement de la République populaire de Donetsk, Boris Litvinov, confiait au New York Times les raisons de cette décision. « […] si nous avions fermé ces centaines de mines illégales — et il y en a des centaines —, nous aurions dû trouver d’autres emplois [aux mineurs] », expliquait Litvinov. Il a également déclaré être convaincu que la nouvelle loi permettrait de mettre fin à la corruption et au crime organisé, qui contrôlent ce business.

Nous avons contacté des propriétaires de mines illégales sur le réseau social « Vkontakte », pour leur demander s’ils pouvaient nous faire visiter leurs entreprises nouvellement légalisées. Quelques jours plus tard, à l’extérieur du bureau minier de Snijné, nous avons rencontré Aleksandr Vladimirovish Belois. Un géant large d’un mètre pour deux mètres de haut, avec des mains comme des pattes d’ours. « Regardez-les bien », grogne-t-il. « Ce sont des mains de travailleur ». Il nous embarque dans sa voiture où nous nous retrouvons compressés entre le chauffeur et lui. Le moteur de la jeep crachote avant de péniblement reprendre vie. Nous n’avons pas la moindre idée de l’endroit où nous allons.

Dans le courant des années 80 et 90, Aleksandr a été mineur dans plusieurs des multiples mines appartenant à l’État ukrainien. À cette époque, l’industrie minière était l’une des pierres angulaires de l’économie. En 1975, l’Ukraine produisait 216 millions de tonnes de charbon. En 2013, seules 61 millions de tonnes ont été extraites des mines, un chiffre qui a encore diminué de moitié depuis que la guerre a éclaté.

Aleksandr Belois certifie que sa mine est sûre mais pense que c'est trop risqué pour nous de descendre dans ses profondeurs. (photo Kyrre Lien/8e étage)
Aleksandr Belois (à droite) certifie que sa mine est sûre, mais pense que c’est trop risqué pour nous de descendre dans ses profondeurs. (photo Kyrre Lien/8e étage)

Quatre mines ont dû fermer leurs portes à Snijné et des milliers de personnes se sont retrouvées au chômage. Plutôt que de fuir la ville, Aleksandr a préféré changer de métier. Il a commencé à vendre des jouets, mais quand la guerre a éclaté en 2014, il est devenu difficile de faire passer ses produits par la ligne de front, où des centaines de camions attendaient déjà l’autorisation de franchir les douanes provisoires.

Belois a donc été contraint de trouver une autre source de revenus. « Le maire nous a rassemblés et nous a dit qu’il était temps de rouvrir les mines. Elles étaient désormais légales », explique l’homme. Il a déboursé 40 000 roubles (soit approximativement 600 dollars américains) pour l’achat d’une petite parcelle de terre dans les bois, et a promis aux rebelles de leur payer 2,5% de taxes sur tous ses revenus.

S’acquitter des taxes minières ne dérange pas Belois, c’est même avec plaisir qu’il le fait. À l’époque où Snijné appartenait encore à l’Ukraine, explique-t-il, les propriétaires des petites exploitations minières artisanales devaient s’acquitter de pots-de-vin similaires auprès d’officiers de police corrompus. « Légaliser les mines a été une bonne décision. L’argent qui servait à corrompre les policiers termine maintenant dans les caisses de l’État. Et puis, la sécurité est mieux réglementée », commente-t-il. L’homme tend le bras pour souligner le fait que son entreprise opère dans la légalité. En fait, il prévoit de se rendre à Donetsk plus tard dans la journée afin de s’acquitter de ce que les rebelles appellent une « taxe environnementale ».

La jeep ne nous emmène qu’à une poignée de kilomètres à l’intérieur des bois, là où quatre mineurs s’échinent déjà dans une mine profonde de huit mètres à peine. Des échafaudages en bois. Un même seau sale qui sert aussi bien à sortir le charbon que les mineurs. Un camion qui transporte le charbon depuis la mine jusqu’au marché. C’est tout ce dont il a besoin pour extraire 110 tonnes de charbon par mois. Belois le vend pour un peu plus de 20 600 euros la tonne, ce qui suffit à lui assurer un revenu mensuel d’environ 2240 euros. « Je ne fais que le transporter jusqu’à un marché où il sera vendu. Je n’ai pas la moindre idée de ce qui se passe après ça », avoue-t-il.

Il y a peu de différences entre ces mines nouvellement légales et les mines d'il y a 100 ans. (photo Kyrre Lien/8e étage)
Il y a peu de différences entre ces mines, autrefois illégales, et les mines d’il y a cent ans. (photo Kyrre Lien/8e étage)

CETTE INDUSTRIE MINIÈRE, INTERDITE PAR LE PASSÉ, APPROVISIONNERAIT-ELLE MAINTENANT L’UKRAINE EN CHARBON ?

Dans les faits, plus de la moitié des centrales électriques du pays ont besoin d’anthracite (NDLR, une variété de charbon grise, noirâtre et brillante extraite des mines) pour fonctionner, et toutes les mines de charbon qui en produisent sont situées en territoire occupé. Le gouvernement ukrainien se voit donc obligé de racheter ce charbon aux rebelles qu’il combat, en plus de devoir en importer de Russie et d’Afrique du Sud.

C’est dans ce fief rebelle de Snijné que nous avons pu rencontrer le directeur technique des mines de la région. Il confirme qu’elles exportent du charbon vers l’Ukraine, mais refuse d’admettre que les petites mines perdues dans les forêts font partie de cette industrie. « Nous exportons 90 % de notre charbon vers l’Ukraine. Les dix derniers pour cent, nous les utilisons localement », explique ainsi Nikolai Branislavovitsh Olshevsky, le directeur technique.

De l’autre côté de la ligne de front, le porte-parole du ministère ukrainien de l’Énergie nous écrit que le pays a effectivement besoin du charbon des rebelles pour pouvoir approvisionner ses citoyens en énergie. « Nous considérons aussi qu’en faisant cela, nous soutenons les citoyens ukrainiens dans un territoire contrôlé par des terroristes en leur donnant du travail », écrit le porte-parole Roman Vybranovsky. Ce dernier tient à souligner que les échanges, qui ne se font qu’avec une poignée d’entreprises triées sur le volet, sont extrêmement bien organisés. Le gouvernement n’achète qu’auprès d’entreprises officiellement enregistrées sur le sol ukrainien et qui continuent d’utiliser le système bancaire du pays.

90% du charbon extrait en territoire rebelle est exporté vers l'Ukraine. (photo Kyrre Lien/8e étage)
90% du charbon extrait en territoire rebelle est exporté vers l’Ukraine. (photo Kyrre Lien/8e étage)

L’industrie minière possède également un passé de « blanchiment de charbon ». Auparavant, du charbon en provenance des mines illégales était mélangé à celui en provenance des mines de l’État. De cette manière, les coûts de production diminuaient au détriment de la sécurité des travailleurs. À en croire le journaliste d’investigation Denis Kazansky, le montant annuel du « blanchiment de charbon » dans la région s’élevait à 700 millions de dollars américains (soit près de 626 millions d’euros) en 2012.

LES PERDANTS DE CETTE TRANSACTION

Tolek, qui travaille dans les mines illégales depuis l’âge de 14 ans, ne se considère pas comme une victime. Il est heureux d’avoir un boulot qui paye raisonnablement bien et qui, en plus de cela, lui permet de ramener gratuitement du charbon à sa mère. « Ma mère ne m’a pas laissé partir à la guerre », explique Tolek. « Et maintenant, je lui en suis reconnaissant. Surtout quand je vois les blessures de mes amis qui rentrent du front. Au nom de quoi est-ce que je devrais aller me faire tirer dessus ? »

Les rayons du soleil se reflètent sur la cime des arbres alors que Tolek termine sa rotation. Ces deux dernières fois, il n’a fait que travailler à l’extérieur de la mine, pelletant du charbon, envoyant de temps à autre un chariot en bas dans la pénombre. En réalité, il veut retourner sous terre. C’est inconfortable et dangereux, bien sûr, mais c’est aussi le double du salaire normal.

Quand on l’interroge sur le niveau de sécurité des mines nouvellement légalisées, la confusion se lit sur son visage, comme si nous venions de violer les termes d’un contrat tacite en lui posant une question si directe. Il jette tout d’abord un regard à la bière qu’empoignent ses mains mal dégrossies. Puis éclate de rire subitement.

La mine dans laquelle travaille Tolek est désormais légale. Cela fait malgré tout peu de différences pour lui. (photo Kyrre Lien/8e étage)
La mine dans laquelle travaille Tolek est désormais légale. Pourtant, cela ne change pas grand-chose pour lui. (photo Kyrre Lien/8e étage)

Snijné est une ville qui a toujours suivi les montagnes russes de l’industrie charbonnière. Les barres d’immeubles de la période soviétique ont l’air désertes. À la nuit tombée, l’éclairage public ne s’allume pas.

Lénine trône fièrement sur la place centrale de la ville, en face d’un centre social rose et blanc, sur la façade duquel se détachent en lettres rouges l’heure et la date des prochaines séances de cinéma. À quelques kilomètres du petit centre-ville, nous pénétrons dans le monde souterrain de la mine d’État de Zaira.

« Il y a des histoires à propos du fantôme d’un mineur revenu hanter cet endroit. Son équipe l’a abandonné, et maintenant, en guise de revanche, il frappe sur les murs au marteau », chuchote Mikhail Ivanov, mineur de profession. Avec la lumière éblouissante de sa frontale, c’est à peine si nous distinguons l’homme. Son visage est déjà strié de raies noires, alors que l’ascenseur de la mine étatique a encore quelques centaines de mètres à parcourir avant d’atteindre sa destination finale. Nous entendons de l’eau goutter. Nos oreilles, elles, nous donnent la désagréable impression d’être bouchées.

Il est estimé que l'industrie minière enregistre 2,2 morts par tonne de charbon extraite, soit trois fois plus qu'en Russie. Mikhail Ivanov se tient avec les autres mineurs dans l'ascenseur qui les emmènera au plus profond de la mine. (photo Kyrre Lien/8e étage)
Il est estimé que l’industrie minière ukrainienne enregistre 2,2 morts par tonne de charbon extraite, soit trois fois plus qu’en Russie. Mikhail Ivanov se tient avec les autres mineurs dans l’ascenseur qui les emmènera au plus profond de la mine. (photo Kyrre Lien/8e étage)

Le sol est couvert d’une boue noirâtre. Le masque à oxygène commence à peser lourdement sur nos épaules. L’air est vicié. Mikhail travaille six heures par jour ici, sans prendre de pause. Pendant longtemps, en Ukraine de l’Est, les mineurs avaient une position privilégiée dans la société. Ils étaient bien payés, et les mines de l’État bénéficiaient de subventions importantes pour masquer le fait qu’un mineur ukrainien est en moyenne cinq fois moins performant qu’un mineur polonais.

Mikhail Ivanov a commencé à travailler dans les mines pour mettre sa femme Tatjana et ses enfants à l'abris. Pendant longtemps les affaires ont été bonnes mais l'inflation a rendu le métier de mineur dangereux et mal payé. (photo Kyrre Lien/8e étage)
Mikhail Ivanov a commencé à travailler dans les mines pour mettre sa femme Tatyana et ses enfants à l’abri. Longtemps les affaires ont été bonnes, mais l’inflation a rendu le métier dangereux et mal payé. (photo Kyrre Lien/8e étage)

De retour chez lui, Mikhail Ivanov pose une bouteille de vodka sur la table. Sa femme, Tatyana, a préparé du poulet et de la purée. Mikhail nous raconte l’époque de ses vingt ans, quand il était encore ce soldat de l’armée rouge follement amoureux de Tatyana. Quelles sont les options qui s’offrent à un jeune homme qui rêve de mariage ? Eh bien, il lui faut trouver un travail. Son beau-père était policier, et il avait des relations. Il pouvait lui faciliter l’obtention d’un job au salaire attractif dans un endroit quant à lui autrement moins attractif : les mines. « Oui, il faut bien avouer que les gens ici obtiennent leur boulot en faisant jouer leurs relations », confie Tatyana, dans un sourire d’excuse.

Deux enfants plus tard, ils étaient propriétaires d’un spacieux appartement et pouvaient se permettre de partir en vacances en Crimée et à Moscou. Ils s’accordaient même régulièrement de petits plaisirs comme des fromages raffinés ou un nouveau frigo. En somme : ils ont pu profiter de leur indépendance économique. Pourtant, depuis l’inflation, Mikhail Ivanov gagne beaucoup moins qu’avant. Mais il ne s’en plaint pas, à l’inverse de son fils de 23 ans, il a un emploi : « Il a bien essayé de travailler dans les mines, mais il a vite abandonné en disant “ce n’est pas pour moi” », se remémore Ivanov.

La bouteille de vodka descend rapidement lorsque la femme de Mikhail, Tatyana (à gauche) invite ses amies chez eux. Après des rires forts et des shots de vodka, elles nous montrent des films de propagande sur la victoire de la République de Donetsk contre l'Ukraine. (photo Kyrre Lien/8e étage)
La bouteille de vodka se vide rapidement lorsque la femme de Mikhail, Tatyana (à gauche), invite ses amies à leur rendre visite chez eux. Après des rires bruyants et des shots de vodka, elles nous montrent des films de propagande sur la victoire de la République de Donetsk contre l’Ukraine. (photo Kyrre Lien/8e étage)

Au crépuscule, nous rejoignons Mikhail sur le balcon le temps d’une cigarette. Les sons produits par quelques gamins qui jouent au coin de la barre d’immeuble sont couverts par la gentille réprimande de sa femme : « fumer, fumer et encore fumer ». Mikhail tire une bouffée et expire philosophiquement sa fumée par le hublot du balcon. Il se trouvait exactement au même endroit le 17 juillet 2014, lorsqu’il a vu la fumée s’échapper des décombres du MH17. Le site américain de journalisme citoyen Bellingcat a publié des informations qui prouvent que l’avion a été abattu par les Russes à seulement deux kilomètres de son balcon. Mikhail, pour sa part, pense que le Boeing a été descendu par l’Ukraine.

« Je n’ai jamais eu quoi que ce soit contre l’Ukraine. Ils m’ont toujours bien traité. Mais après la guerre s’en est mêlée… », lâche le mineur. Deux jours après que le MH17 a été abattu, Snijné a été la cible d’intenses bombardements de la part de l’armée ukrainienne. « Onze personnes sont mortes ce jour-là. L’une des victimes était un petit garçon de cinq ans », raconte-t-il. Ce même été, les mines ont fermé avant de rouvrir de nouveau en septembre. Elles sont ensuite devenues officiellement partie intégrante de la République populaire de Donetsk, et beaucoup de ceux qui minaient ont maintenant pris les armes.

Selon le site américain Bellingcat, le MH17 a été abattu à quelques kilomètres de la maison de Mikhail. (photo Kyrre Lien/8e étage)
Les données du site américain Bellingcat montrent que le Boeing MH17 a été abattu à quelques kilomètres de la maison de Mikhail. (photo Kyrre Lien/8e étage)

La nuit suivante nous sommes invités chez Aleksandr Belois, le propriétaire de la mine dans les bois. Lors de notre première rencontre, nous lui avions demandé si nous pouvions l’accompagner à l’intérieur de sa mine afin de pouvoir nous rendre compte par nous-mêmes du travail effectué. Il nous avait répondu n’avoir rien à cacher. Pourtant, cette nuit-là, il nous réserve une tout autre réponse. Belois revient tout juste de Donetsk, où il s’est acquitté de sa taxe, et a reçu au passage des ordres très stricts de la République populaire : « Si quoi que ce soit arrive aux journalistes étrangers, nous aurons de gros problèmes. C’est un risque que nous ne pouvons pas prendre », rapporte Aleksandr Belois.

Il nous verse du thé, nous propose des biscuits et nous regarde avec de grands yeux humides : « Mes amis, écoutez-moi. Je ne pourrais jamais vous laisser pénétrer dans un endroit où je ne m’aventurerais pas moi-même. Mes mines sont sûres, oui, mais celles des autres en revanche… Je ne laisserais jamais mes amis s’aventurer dans leurs tréfonds. »

– Qu’est-ce qui est le plus dangereux, être un soldat sur le front ou travailler dans les mines ?

Aleksandr Belois s’arrête un moment pour réfléchir, et son regard passe un instant sur ses mains d’ours. « Maintenant que la guerre bat son plein, je dois admettre… *il s’arrête un moment*… que les deux sont tout aussi dangereux. »

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2 commentaires

  1. Alexis Revol 3 années ago

    Bravo pour cet article bien complet. On ne s’intéresse sûrement pas assez à cette région très proche de l’U.E.
    Je me demandais si l’article avait été écrit en anglais puis traduit ou bien directement en français, au vu du profil international du journaliste ?

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    1. Benoit Jacquelin 3 années ago

      Bonjour Alexis,
      Merci pour votre commentaire.
      Il s’agit effectivement d’une traduction de l’anglais vers le français. Notre collaborateur Per Christian écrit le plus souvent en norvégien et en anglais, ainsi qu’occasionnellement en russe.

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