États-Unis : 400 entreprises de Géorgie s’opposent à un projet de loi jugé homophobe

 Une coalition de plus de 400 entreprises s’oppose ouvertement à un projet de « loi sur la liberté religieuse », aussi connu sous le nom de « First Amendment Defense Act » (FADA), que l’État de Géorgie pourrait très prochainement adopter. Elles considèrent en effet qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’une forme déguisée de discrimination envers les couples de personnes de même sexe. Pour montrer son mécontentement, une entreprise de télécommunications, 373k, a même déjà annoncé son départ pour le Nevada.

Le Capitole de l'État de Géorgie. (Photo Flickr/ Wally Gobetz)
Le Capitole de l’État de Géorgie.
(Photo Flickr/ Wally Gobetz)

Le 26 juin dernier, la Cour suprême des États-Unis légalisait le mariage homosexuel sur l’ensemble du territoire. En conséquence, les quatorze États américains qui refusaient jusque-là d’unir deux individus de même sexe, au rang desquels la Géorgie, se sont vus dans l’obligation de non seulement les marier, mais également de reconnaître les mariages célébrés dans d’autres États.

Depuis, alors qu’ils sont confrontés, de fait, à une nouvelle réalité qu’ils ne pensaient jamais connaître dans leur circonscription, les gouverneurs de plusieurs États américains ont décidé de brandir l’argument de la liberté religieuse pour tenter de résister au changement. Après l’Indiana et l’Arkansas, deux États qui se sont faits très mauvaise presse, c’est maintenant au tour de la Géorgie d’aller dans ce sens. Une « loi sur la liberté religieuse », le « First Amendment Defense Act » (FADA), vient d’y obtenir l’approbation, sous deux formes différentes, de la Chambre et du Sénat, ainsi que le rapporte le Guardian.

À en croire ses opposants, la proposition de loi rendrait possible la discrimination à l’encontre des homosexuels. Et pour cause, le texte adopté par le Sénat géorgien permettrait théoriquement à n’importe quel individu ou organisation religieuse de refuser de traiter avec une personne dont le mariage offenserait ses croyances. Pire encore, elle empêcherait les individus faisant preuve de ségrégation de tomber sous le coup des lois anti-discrimination applicables dans certaines villes de Géorgie, dont Atlanta.

Le gouverneur de l’État de Géorgie avait déjà essayé de faire passer, sans succès, une loi similaire l’année dernière. Pourtant, aujourd’hui, la vitesse à laquelle le projet de loi FADA semble se concrétiser inquiète aussi bien la population que les entrepreneurs, et même la communauté religieuse — près de 300 membres du clergé ont publié un communiqué où ils déclarent s’opposer à une proposition de loi « bien trop vague et discriminatoire ».

En réaction, plus de 400 entreprises opérant sur le territoire de Géorgie ont décidé de s’opposer ouvertement à cette « loi sur la liberté religieuse » et de s’engager en faveur d’un « traitement équitable de tous les Géorgiens et de leurs visiteurs ». Dans les rangs de la coalition, baptisée Georgia Prospers, un certain nombre de géants américains comme Coca-Cola, Delta ou encore Home Depot. De son côté, une entreprise de télécommunications, 373k, a annoncé, à la suite du vote du Sénat, son départ pour le Nevada. Son fondateur, Kelvin Williams, en a très clairement expliqué la raison :

Je refuse d’être basé dans un État où il est difficile d’attirer les personnes les plus talentueuses

Les conséquences économiques de l’adoption d’une telle loi pourraient être catastrophiques pour la Géorgie. La chambre de commerce et l’office de tourisme de la ville d’Atlanta ont réalisé deux études indépendantes à ce sujet et estiment que les pertes potentielles pourraient s’élever à un voire deux milliards de dollars. Il existe déjà un précédent en la matière aux États-Unis. En Indiana, un projet de loi similaire a coûté plus de 60 millions de dollars à l’État (environ 55 millions d’euros), et ce avant même son adoption, rapporte l’agence AP.

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