Hong Kong : Les émojis de la colère

 Facebook ajoutait il y a peu cinq nouvelles réactions au désormais classique « J’aime ». Une nouveauté que des militants prodémocratie hongkongais ont décidé de reprendre à leur compte en se servant massivement du bouton « Grr » (exprimant la colère) pour dénoncer ceux de leurs dirigeants qu’ils considèrent être dans la poche de Pékin.

(Capture d'écran  Facebook)
(Capture d’écran  Facebook)

En se réappropriant les codes du réseau social Facebook, des militants prodémocratie hongkongais ont trouvé un moyen original de faire connaitre leur mécontentement au gouvernement central chinois. Afin de montrer qu’ils considèrent que certains de leurs dirigeants sont dans la poche de Pékin, ils ont décidé de recourir à l’utilisation massive du nouveau bouton « Grr ». Leur cible principale : Leung Chun-ying, le Chef de l’exécutif de Hong Kong, dont la quasi-totalité des publications récentes, et tout particulièrement les photos, a reçu plusieurs dizaines de milliers de « Grr ».

À elle seule, la photo de profil de Leung Chun-ying a reçu, en l’espace de quelques jours à peine, plus de 185 000 émojis en colère, contre seulement 5 800 « J’aime ». Les chiffres peuvent sembler anecdotiques, pourtant, si l’on considère que les Hongkongais sont les seuls à s’être exprimés ainsi, cela représente tout de même environ 3% de la population totale de l’île, estimée à 7,2 millions d’habitants.

À l’origine des appels à la mobilisation : le militant hongkongais Joshua Wong, figure de proue du mouvement étudiant de 2014 et fondateur de l’association étudiante Scholarism, explique un article du site Internet Hong Kong Free Press.

Comme le rappelle le Global Post, l’impopularité de Leung Chun-ying ne date pas de l’introduction des nouveaux émojis de Facebook ni de l’appel de Joshua Wong. Et pour cause, celui que l’on surnomme le « loup » de Hong Kong est accusé par ses critiques de n’être qu’une vulgaire marionnette entre les mains de l’État chinois — dont il a d’ailleurs reçu à de multiples reprises l’assurance d’un « soutien inébranlable ».

Ses opposants l’ont également affublé d’un autre surnom : « 689 » — en référence aux 689 votes, sur 1200 possibles, qu’il avait reçus en 2012 au moment de son élection par un Comité électoral acquis à Pékin en raison d’un scrutin réduit. Au moment de sa victoire, le New York Times l’avait qualifié d’homme « réputé comme ayant une tolérance limitée à la démocratie et aux manifestations publiques ». Une réputation qui semble se justifier dans la mesure où de nombreux observateurs considèrent que l’autonomie politique et légale de Hong Kong, acquise en vertu du principe « un pays, deux systèmes », est actuellement menacée.

En 2014 déjà, lors de la « révolte des parapluies », Leung Chun-ying avait opposé une fin de non-recevoir aux manifestants demandant sa démission. Aujourd’hui, ses opposants l’accusent de chercher à couvrir l’enlèvement de cinq responsables d’une maison d’édition spécialisée dans la publication d’ouvrages très critiques sur les agissements du gouvernement chinois. Des disparitions que de nombreux militants prodémocratie hongkongais considèrent être l’œuvre d’un Pékin cherchant à réduire toujours un peu plus l’indépendance de l’ex-colonie britannique.

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