Chine : Des singes génétiquement modifiés pour étudier l’autisme

 Des scientifiques chinois ont eu recours au génie génétique pour créer des singes atteints d’une forme d’autisme. Si la méthode pourrait bien permettre de tester différents traitements médicaux sur les troubles du spectre autistique, elle soulève aussi d’épineuses questions, aussi bien pratiques qu’éthiques, quant à l’usage de telles méthodes.

(Capture d'écran  Nature)
(Capture d’écran  Nature)

Ce n’est pas une armée que le neuroscientifique chinois Zilong Qiu compte mettre sur pied avec ses douze singes génétiquement modifiés. S’il a eu recours avec son équipe au génie génétique, c’est pour reproduire artificiellement chez ces animaux une erreur génétique que l’on rencontre parfois chez l’homme, comme l’explique un article de Mashable. Cette dernière cause un syndrome rare dont les symptômes incluent parfois une déficience intellectuelle et des troubles autistiques.

Comme l’explique le média américain, on retrouve chez les singes un certain nombre de symptômes psychiatriques communs à l’homme. Ainsi, ces derniers auront tendance à tourner en rond, à avoir un champ d’intérêt limité, à fuir les interactions avec les autres singes ou encore à paniquer plus facilement lorsque les chercheurs les regardent dans les yeux, comme le précise un article paru dans la revue Nature en janvier dernier.

L’équipe du professeur Qiu explique que les singes vont plus souvent être amenés à « grogner, maugréer et crier » que le reste de leurs congénères et que deux d’entre eux souffrent même de graves troubles qui rappellent des cas de patients humains :

Les singes se comportent de manière très similaire aux patients humains. Nous pensons que [notre expérience] fournit un modèle d’étude totalement inédit.

Ce n’est pas la première fois que des chercheurs décident de recourir à l’ingénierie génétique pour étudier les troubles du spectre autistique. Depuis plusieurs années, des tests similaires sont également conduits sur des souris de laboratoire. Cependant, de ce côté-là les résultats ont toujours été décevants — pour la simple raison que le cerveau des rongeurs est très différent du nôtre.

Le Professeur Qiu a expliqué à la revue Nature que c’est cette raison qui l’a poussé modifier génétiquement ces singes. Il serait possible grâce à eux d’étudier en détail les zones du cerveau affectées par le gène déficient et d’essayer différents traitements, par exemple des « stimulations cérébrales profondes » (SCP).

Si la méthode semble riche en promesses, les chercheurs demeurent extrêmement divisés sur la pertinence de la démarche, considérant que la forme d’autisme dont sont atteints les singes n’est pas assez similaire aux troubles rencontrés chez l’homme. « Il s’agit d’être prudent lorsqu’on appelle ça un modèle d’étude… nous en sommes encore loin », a ainsi déclaré à Mashable Huda Zoghbi, une chercheuse de l’université de médecine de Bayler à Huston au Texas dont l’équipe était à l’origine de la découverte du syndrome de la duplication du gène MecP2 en 1999. Et pour cause, si les singes montrent bien certains symptômes de l’autisme, d’autres, pourtant cruciaux, comme les crises convulsives, sont totalement absents.

L’usage des singes génétiquement modifiés dans le milieu de la recherche soulève aussi d’importantes questions éthiques, notamment en vertu de l’incidence de ce genre d’expérience sur le bien-être et la santé des animaux. Cela n’a pourtant pas empêché plusieurs laboratoires (notamment en Chine, au Japon et aux États-Unis), de créer par le passé des singes affectés par des erreurs génétiques que l’on retrouve chez l’homme dans le but d’étudier des problèmes psychiatriques comme l’autisme, la schizophrénie ou encore la maladie d’Alzheimer.

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