Ouganda : Interdiction aux ressortissantes de travailler comme aides ménagères en Arabie Saoudite

 En août dernier, l’Arabie saoudite et le gouvernement ougandais signaient un accord bilatéral visant à envoyer plusieurs centaines d’Ougandaises travailler dans le pays du Golfe en tant qu’aides-ménagères. Fin janvier, suite à une vague de témoignages alarmants sur le traitement réservé à ces femmes sur place, le ministre du Genre et du Développement social de l’Ouganda a interdit le recrutement de travailleurs de son pays sur le sol saoudien pour une durée de trois mois.

(photo Flickr/AMISOM Public Information)
(photo Flickr/AMISOM Public Information)

Attirées par des perspectives d’emplois comme domestiques confortablement rémunérés, elles sont des centaines d’Ougandaises à avoir profité d’un accord signé entre l’Arabie Saoudite et leur gouvernement pour partir vers le Golfe en fin d’année dernière. Quelques mois plus tard, les retours en urgence au pays se multiplient. En cause, des allégations de mauvais traitement, de conditions de travail intenables et, parfois, des récits d’agressions et de viols commis par des employeurs saoudiens ou des membres de leur famille. Sur les réseaux sociaux du pays, plusieurs témoignages d’Ougandaises appelant à l’aide leur famille et/ou le gouvernement sont rapidement devenus viraux, donnant naissance à un vaste scandale dans le petit pays d’Afrique de l’Est.

C’est dans ce contexte que le gouvernement ougandais a décidé d’interdire à l’Arabie Saoudite de recruter ses ressortissants, comme le révèle un article paru le 4 mars dernier dans les pages du Mail & Guardian. Une interdiction formelle que Muruli Mukasa, le ministre du Genre et du Développement social du pays, a rendue publique par le biais d’une lettre adressée au ministre des affaires étrangères ougandais. Prévue pour durer jusqu’à fin avril, elle devrait laisser le temps aux autorités du pays d’enquêter sur les conditions de travail de leurs ressortissantes dans le pays du Golfe :

Nous espérions qu’avec la signature de l’accord, le trafic d’êtres humains prendrait fin en Arabie Saoudite. À notre surprise, nous avons continué de recevoir des informations selon lesquelles nos citoyens sont soumis à des traitements inhumains aux mains de leurs employeurs saoudiens.

Début mars, le ministère du Travail ougandais avait obtenu le retour aux pays de sept jeunes femmes, alors que dix-sept autres attendaient toujours de recevoir les papiers nécessaires à leur rapatriement. À ce moment-là, selon les informations du Mail & Guardian, certaines d’entre elles avaient déjà dû passer plus d’un mois dans un abri de fortune après avoir réussi à s’échapper de la maison de leur employeur.

En août dernier, le gouvernement ougandais avait présenté la signature de cet accord bilatéral avec l’Arabie Saoudite comme une réponse à l’important taux de chômage dans le pays (83% des jeunes de 15 à 24 ans sont sans-emploi). La ministre de la Jeunesse, Evelyn Anite, s’était à l’époque félicitée de l’envoi en Arabie Saoudite de 2000 jeunes ressortissantes ougandaises qui devaient y recevoir un salaire minimum mensuel de 200 dollars américains (178 euros). Début mars, interrogée par le Mail & Guardian, elle a expliqué que l’accord aurait effectivement pu représenter une opportunité, mais qu’il s’avère que « quelqu’un n’a pas fait son travail et [que] les conditions de l’accord n’ont pas été respectées ».

Le problème ne se limite malheureusement pas à l’Arabie Saoudite. Comme nous vous l’expliquions dans un précédent article, les abus à l’encontre des travailleuses domestiques migrantes sont fréquents dans d’autres pays du Golfe où la « kafala » (un système de « parrainage » où de riches employeurs permettent à leurs employés étrangers d’obtenir un visa de travail) demeure toujours d’usage, à l’instar des Émirats arabes unis. En 2013, plus de neuf millions de travailleuses domestiques migrantes travaillaient au Moyen-Orient, à en croire un rapport d’Human Rights Watch.

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