Indonésie : 19 000 patients souffrant de maladies mentales enchainés ou enfermés

 Environ 19 000 Indonésiens souffrant de troubles de la santé mentale seraient exposés au quotidien à des pratiques dégradantes et illégales chez eux ou « dans des institutions surpeuplées et insalubres ». Un récent rapport d’Human Rights Watch (HRW), « Vivre en enfer : Les mauvais traitements à l’égard des personnes en situation de handicap psychosocial en Indonésie », pointe du doigt l’« ostracisme » dont sont frappés les malades par la société indonésienne et « l’absence de services de prise en charge communautaires ou de soins de santé mentale adéquats ».

(Photo Human Rights Watch/Andrea Star Reese)
(Photo Human Rights Watch/Andrea Star Reese)

Le « pasung », une pratique qui consiste à entraver ou enfermer une personne souffrant de troubles de la santé mentale dans un espace confiné, a beau avoir été officiellement banni il y a maintenant presque 40 ans, plusieurs milliers d’Indonésiens atteints de troubles de la santé mentale continueraient de vivre leur existence dans des conditions inhumaines, comme le révèle un récent rapport alarmant d’Human Rights Watch. Intitulé « Vivre en enfer : Les mauvais traitements à l’égard des personnes en situation de handicap psychosocial en Indonésie », le document dénonce l’« ostracisme » dont sont frappés les malades par la société indonésienne et « l’absence de services de prise en charge communautaires ou de soins de santé mentale adéquats ».

« Entraver des personnes qui ont un handicap psychosocial est illégal en Indonésie, mais cette pratique brutale demeure pourtant généralisée », explique ainsi Kriti Sharma, chercheuse chez Human Rights Watch et auteure du rapport. La jeune femme déplore avant tout l’inaction de la société et du gouvernement indonésien :

Les personnes passent des années enchaînées, attachées à un pilori ou enfermées dans des cabanes à chèvre, car les familles ne savent pas quoi faire d’autre et le gouvernement ne se donne pas vraiment la peine d’offrir des alternatives humaines.

Comme le rappelle le Guardian, plus de 57 000 personnes souffrant de troubles de la santé mentale auraient été soumises au « pasung » dans le pays, à en croire les derniers chiffres gouvernementaux disponibles. Il est estimé que 18 800 d’entre elles sont encore actuellement entravées.

Selon le rapport, 1274 cas de pasung ont été reportés dans 21 des provinces du pays en 2014. Si les victimes ont pu être secourues dans 93% des cas, il n’existe pas de données permettant de connaître avec certitude le nombre total de personnes réhabilitées avec succès.

Le rapport reconnaît également que le gouvernement indonésien a récemment fait des efforts en matière de lutte contre le pasung, notamment par le biais d’une campagne contre l’utilisation d’entraves (qui vise à totalement éradiquer la pratique du pasung d’ici 2019) et d’une loi sur la santé mentale exigeant l’intégration de soins de santé mentale dans les soins de santé primaires. Cependant, les progrès mettent du temps à se faire sentir, « en partie parce que le gouvernement indonésien est extrêmement décentralisé », mais aussi à cause d’un manque de ressources.

Près de 256 millions de personnes vivent actuellement en Indonésie, plus grand archipel du monde. On y recense pourtant moins de 800 psychiatres (soit moins d’un pour 300 000 habitants) et seulement 48 hôpitaux psychiatriques (essentiellement concentrés dans quatre des 34 provinces du pays), selon les chiffres d’Human Rights Watch.

De son côté, le budget du ministère de la Santé indonésien ne comptait que pour 1,5% des dépenses totales du gouvernement en 2015. Le rapport décrit les dépenses en matière de santé mentale comme tout simplement « insignifiantes », ajoutant que les dernières données montrent que, cette même année, 90% des personnes le souhaitant n’ont pas pu avoir accès à des soins de santé mentale.

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1 commentaires

  1. lambert watine 4 années ago

    Bonjour,

    J’ai pris grand plaisir à participer à la campagne de financement et je souhaiterais vous en demander plus.

    C’est très agréable de lire des informations d’ailleurs qui nous donnent à penser l’immédiat et proche mais il me semble que manque une marche.

    Elle pourrait prendre la forme d’une rubrique de fin d’article « et chez nous ? », en tant que média français elle pourrait se consacrer à ce qui se passe, au regard de l’article, en France et en Europe le cas échéant. En tant que média francophone, ce pourrait être l’occasion de donner la parole à des journalistes ou “écrivants” francophones.
    L’autre forme pourrait être des liens, simplement des liens, qui feraient, justement, le lien avec des choses plus proches.

    Je reproche un peu à la forme actuelle de votre proposition son côté exotisme, tout en étant, par ailleurs, régulièrement agréablement surpris de cette ouverture sur l’ailleurs.

    En vous remerciant,

    LW

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