L’État islamique délaisserait sa monnaie au profit du dollar américain

 À en croire les témoignages d’activistes de Raqqa, en Syrie du nord, l’Organisation de l’État islamique (OEI) aurait de plus en plus recours au dollar américain comme monnaie principale, changeant ainsi son fusil d’épaule en délaissant de plus en plus sa propre monnaie, le dinar islamique, mis en circulation en 2015. Aveu d’échec ou pragmatisme ?

Le dinar islamique, monnaie lancée en novembre 2014 par l'OEI, pourrait bien être en train de vivre ses derniers jours.  (Capture d'écran  Twitter)
Le dinar islamique, monnaie lancée en novembre 2014 par l’OEI, pourrait bien être en train de vivre ses derniers jours.
(Capture d’écran  Twitter)

Le 13 novembre 2014, l’Organisation de l’État islamique (OEI) annonçait par un communiqué teinté de rhétorique antimondialisation son intention de frapper sa propre monnaie : le dinar islamique, composé de trois catégories de pièces (en or, en argent et en cuivre). Elle voulait par ce biais, selon ses propres mots, s’affranchir d’un « système monétaire tyrannique américain » ayant conduit tout droit au « mercantilisme » et à « l’oppression des musulmans », faisant de l’oumma (à comprendre l’ensemble des musulmans du monde) « une proie facile pour les croisés et les juifs ».

Pourtant, près d’un an et demi plus tard, la situation sur le terrain semble avoir pris une toute autre tournure. Ainsi, selon les informations de « Raqqa is Being Slaughtered Silently » (« Raqqa est massacrée en silence »), un groupe de journalistes citoyens originaires de Raqqa, une ville devenue de facto la « capitale » de l’EI en Syrie, les djihadistes demanderaient dorénavant aux habitants de payer leurs amendes en dollars américains, comme le rapporte un récent article du Times of India.

Abu Mohammed, un membre du collectif de journalistes, a par ailleurs dressé une liste aux accents surréalistes de ces infractions dans les pages de The Independent. Ainsi, réparer un émetteur satellite serait désormais passible d’une amende de 50 dollars (environ 44 euros), fumer une cigarette ou commettre une infraction routière coûterait 25 dollars (environ 22 euros) et une violation du code vestimentaire, imposé aux hommes comme aux femmes, environ 20 dollars (17,5 euros). Abu Mohammed explique aussi que ces fortes amendes sont bien souvent assorties de punitions physiques, comme des coups de fouet, et d’une obligation de suivre des « cours de rééducation ».

Cette utilisation du dollar par l’OEI n’a en réalité rien de nouveau. Comme le rappelle The Independent, l’OEI était déjà connue pour payer en dollars ses recruteurs et ses combattants étrangers. Une devise dont l’organisation se servirait également dans le cadre de la vente de pétrole, du trafic d’antiquités et même d’extorsions diverses et variées (libérations d’otages par exemple).

Abu Mohammed explique également qu’il a toujours considéré la frappe du dinar islamique comme « un vulgaire mensonge et une opération de propagande » :

Daech cherche à promouvoir l’idée qu’il affaiblit l’économie américaine en frappant sa propre monnaie, mais en réalité l’organisation fait exactement l’opposé en ayant mis en place un système financier entièrement basé sur le dollar.

Ces informations nous parviennent alors que l’OEI connaitrait dernièrement d’importantes difficultés financières, faisant suite à une série de défaites militaires dont le dernier épisode en date est la reconquête dimanche de la cité antique de Palmyre.

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