Argentine : Un féminicide toutes les 30 heures

 Au cours de l’année 2015, 286 femmes ont connu une mort violente en Argentine, soit environ une toutes les trente heures, révèle El País. Une hausse de 3,24% par rapport à l’année précédente.

Lors de manifestations en mai dernier à Buenos Aires, une jeune femme brandit une pancarte avec l'inscription : "Je ne suis pas la femme de ta vie, je suis la femme de ma vie". (Photo Flickr/ Sofía)
Lors de manifestations en mai dernier à Buenos Aires, une jeune femme brandit une pancarte avec l’inscription : “Je ne suis pas la femme de ta vie, je suis la femme de ma vie”.
(Photo Flickr/ Sofía)

En mai dernier, l’Argentine et ses voisins (le Chili, l’Uruguay, le Mexique) étaient secoués par une vague de mobilisations historiques contre les violences envers les femmes. Plusieurs centaines de personnes, dont une majorité de femmes, étaient alors descendues manifester dans les rues de Buenos Aires, face au Congrès. Leur slogan : « #NiUnaMenos » (ce qui peut se traduire en français par « Pas une de moins »).

L’évènement déclencheur : une série de féminicides (NDLR, le meurtre d’une personne en raison de son appartenance au sexe féminin) qui avaient alors particulièrement choqué la population. Parmi ceux-ci, celui de Chiara Páez, 14 ans et enceinte, dont le corps sans vie avait récemment été découvert dans le jardin de son fiancé dans la ville de Rufino, à un peu plus de 400 kilomètres à l’ouest de Buenos Aires. L’assassin, alors âgé d’à peine 16 ans, l’avait battu à mort dans la maison familiale avant de cacher le corps avec l’aide de ses proches.

Près d’un an plus tard, la situation ne semble pas s’être améliorée. Ce meurtre ignoble serait en réalité loin d’être un cas isolé, comme le révèle le quotidien espagnol El País. En effet, en Argentine, 286 féminicides ont été commis en 2015, soit une hausse de 3,24% par rapport à 2014, selon les dernières statistiques de l’ONG La Casa del Encuentro. Une femme y connaîtrait donc une mort violente toutes les trente heures environ.

Selon l’organisation, qui porte l’étendard du mouvement « #NiUnaMenos », la plupart des féminicides sont commis par le conjoint ou l’ex-conjoint de la victime et seulement dans moins de 20% des cas par un inconnu. La Casa del Encuentro explique aussi que ce sont souvent les mêmes causes qui reviennent. Certaines, comme Chiara Páez, sont tuées parce qu’elles sont tombées enceintes. D’autres, après un divorce, par un ex-mari déçu ou voulant ainsi éviter de payer une pension alimentaire. Parfois, il n’existe pas d’autre motif que la jalousie.

L’immense majorité des féminicides ne feront pas la Une des médias. Et pour cause, en Argentine, la société, très machiste, continue malheureusement bien souvent de considérer la femme comme « un objet à dominer ».

C’est pour lutter contre ces « paradigmes machistes » qu’Ada Rico, la nouvelle directrice de La Casa del Encuentro, appelle l’État à prendre des mesures pour aider les femmes en situation de risque à pouvoir se protéger. Ce qui, selon elle, passerait notamment par une assistance légale gratuite, des bracelets électroniques aux chevilles des hommes soumis à une ordonnance restrictive et des « boutons de panique » dans les transports en commun — trois mesures que l’on retrouve dans une loi actuellement à l’étude au Congrès.

Autre objectif : protéger, aussi bien physiquement que financièrement, les enfants laissés derrière elles par les femmes assassinées. Rien qu’en 2015, ils ont été 214. « Souvent, les enfants ne sont pas seulement témoins du féminicide, mais ils voient également leur mère se faire battre avant », explique Ada Rico dans les pages d’El País. Selon elle, leur fournir une aide financière est tout simplement indispensable : « Il s’agit d’un droit, afin que l’enfant ait accès aux soins (assurance maladie), à une vie digne, et qu’il ne soit, le cas échéant, pas séparé de ses frères et sœurs parce qu’un proche, seul, ne peut pas s’occuper d’eux ».

Il n’existe pas de statistiques officielles en matière de féminicides en Argentine. Néanmoins, depuis que La Casa del Encuentro a décidé, face à l’inaction du gouvernement, d’assumer cette mission en 2008, l’ONG a recensé 2094 cas.

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