États-Unis : L’arsenal nucléaire dépend de disquettes des années 70

 Un rapport du Government Accountability Office (GAO), équivalent américain de la Cour des comptes française, révèle qu’une part conséquente du parc informatique utilisé par le gouvernement fédéral pour gérer l’arsenal nucléaire du pays repose sur des technologies largement considérées comme obsolètes.

(Photo Flickr/ John Garghan)
(Photo Flickr/ John Garghan)

Vous vous souvenez de la dernière fois que vous avez utilisé une disquette ? Les plus connues, celles de 3,5 pouces, ne sont plus fabriquées depuis mars 2011 (date à laquelle Sony a décidé de mettre un terme à leur production, ne pouvant plus faire face à la concurrence des clés USB et autres cartes mémoires). Pourtant, au département de la Défense des États-Unis, les disquettes ne sont pas encore devenues des reliques du passé. C’est ce que nous apprend, un récent rapport du Government Accountability Office (GAO), qui équivaut peu ou prou à notre Cour des comptes.

Ainsi, comme l’expliquait la semaine dernière un article du Washington Post, plusieurs départements et agences du pays en sont toujours à utiliser des ordinateurs vieux d’une quarantaine d’années et les supports de stockage qui vont avec — tout particulièrement le département de la Défense.

Le Strategic Automated Command and Control System (SACCS), utilisé pour coordonner l’utilisation de l’arsenal nucléaire du pays, fonctionne par exemple avec un ordinateur IBM Series-1 utilisant des disquettes de 8 pouces, comme nous l’apprend The Telegraph. « Il est difficile de trouver des pièces de rechange parce qu’elles sont maintenant obsolètes », détaille le GAO dans son rapport.

C’est ce que l’on appelle des systèmes hérités (des « legacy systems » en anglais), des matériels et/ou logiciels qui continuent d’être utilisés malgré leur obsolescence, car leur fonction critique les rend très difficiles à remplacer sans engendrer des coûts et des risques élevés. Comme le résume assez bien le Lieutenant Colonel Valerie Henderson, une porte-parole du Pentagone, dans les pages du Telegraph :

Le système est encore en usage parce que, pour résumer, il fonctionne toujours.

Autre raison, il est extrêmement fiable : l’IBM Series-1 a un uptime (ndlr, le temps depuis lequel une machine fonctionne sans interruption) de 99,99%. Si le cas de ces armes nucléaires est particulièrement symptomatique, de nombreuses autres branches gouvernementales continuent d’utiliser des systèmes hérités. C’est notamment le cas du département du Trésor, de celui du Commerce ou encore de ceux de la Sécurité intérieure et de la Justice.

Seulement voilà, sur la durée leur non-remplacement finit par coûter cher, très cher même. Selon le GAO, les dépenses nécessaires à la maintenance et la modernisation de tous ces systèmes représenteraient près de 75% des 80 milliards de dollars du budget total alloué par le gouvernement américain aux technologies de l’information (IT).

Cependant, ces chiffres qui ont déjà de quoi donner le tournis pourraient bien être en deçà de la réalité, ainsi que le précise le Washington Post qui explique qu’un certain nombre de systèmes utilisés par le Pentagone et des agences indépendantes, par exemple la CIA, ne sont pas mentionnés dans le rapport du GAO.

De son côté, en réponse au choc causé par ces révélations, le Pentagone a annoncé avoir tenu compte des « inquiétudes portant sur le risque d’obsolescence ». Résultat : les disquettes devraient disparaître d’ici la fin de l’année prochaine. Il faudra pourtant compter quelques années supplémentaires avant de voir une remise à niveau complète du parc informatique.

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