Afrique du Sud : Un jeune sur trois victime d’abus sexuel

 Les résultats d’une étude nationale, la première en la matière, montrent qu’un tiers des jeunes Sud-africains seraient victimes d’abus sexuel avant l’âge de 17 ans. Un phénomène qui toucherait comparativement davantage les jeunes garçons que les jeunes filles.

(Photo Flickr/ Steve Evans)
(Photo Flickr/ Steve Evans)

Les résultats ont de quoi inquiéter. Dévoilés par le quotidien sud-africain Daily Maverick, la première étude nationale sur les violences et abus sexuels sur les enfants en Afrique du Sud montre qu’un jeune sur trois, tous sexes confondus, sera confronté à une forme ou une autre d’abus sexuel avant d’atteindre l’âge de 17 ans

Le Centre pour la Justice et la prévention des crimes et l’Université du Cap estime que 784 967 jeunes âgés de 15 à 17 ans en auraient déjà été victimes. Parmi ces derniers, un nombre plus important de jeunes garçons. Plus inquiétant encore, aucun d’entre eux n’a rapporté ces incidents à la police ou à une figure d’autorité. Seulement 31% des jeunes filles l’ont fait.

Afin de réaliser ces estimations, les chercheurs ont interrogé près de 10 000 enfants du pays, mais aussi formé des groupes de discussions sur ces sujets avec des représentants de diverses communautés, ainsi qu’avec du personnel de santé. Les données, disponibles en ligne, différencient les abus sexuels avec contact physique, qui peuvent induire pénétration et touchent le plus souvent les filles, des abus sexuels d’exposition, comme le fait de forcer quelqu’un à assister à un acte ouvertement sexuel.

Cependant, comme le rappelle Ian Welle-Skitt, le porte-parole de la Fondation UBS Optimus, commanditaire de l’étude, « bien que les abus puissent prendre différentes formes, tous sont préjudiciables à un niveau égal à la victime et doivent être traités sérieusement ». Interrogée par le média en ligne d’information Bhekisisa, Julia Privalova Krieger, du Fonds international d’urgence des Nations Unies pour les enfants, a déclaré que l’étude permettait de mettre en évidence une « lacune critique dans la conception des programmes qui doit être prise en compte ».

L’étude montre aussi que les enfants d’alcooliques et de toxicomanes sont de 1,5 à 2 fois plus susceptibles de subir des abus. De plus, on dénombre également une hausse du nombre de cas d’enfants abusant d’autres enfants, même si les chercheurs indiquent ici qu’il pourrait ne s’agir que d’une conséquence de l’utilisation de méthodes de recherche plus précises qu’auparavant. Sont également pointés du doigt les liens entre abus sexuels et conséquences néfastes sur la santé mentale et le bien-être des enfants :

Toutes les formes d’abus, y compris d’abus sexuels des enfants, sont associées à des séquelles comme des comportements sexuels à risque et des désordres mentaux, comme l’anxiété, la dépression, des Trouble de stress post-traumatique et l’abus de substances.

Les auteurs rappellent que les abus sexuels et la maltraitance des enfants sont évitables. Cependant, à les croire, le manque de données fiables sur le sujet en Afrique du Sud a longtemps entravé le développement d’infrastructures et de programmes nécessaires à la protection et au soutien des enfants. De nos jours, on compterait moins de 750 travailleurs sociaux responsables de plus d’un million d’enfants dans le pays, forcés de déléguer l’essentiel de leurs responsabilités à des écoles mal préparées pour gérer le phénomène.

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