Ouzbékistan : Le régime lance son 38e réseau social

 En Ouzbékistan, pays dont le gouvernement n’est pas vraiment connu pour son respect des libertés individuelles, il n’existe pas moins de 38 réseaux sociaux ! Leur point commun ? Ce sont tous des créations de l’État destinées à surveiller les comportements des citoyens ouzbeks, c’est du moins ce que dénonce l’Institute of War and Peace, une organisation à but non lucratif basée aux États-Unis.

(capture davra.uz)
(capture davra.uz)

L’Ouzbékistan vient de s’offrir un nouveau réseau social contrôlé par l’État. Le petit dernier d’une grande fratrie, Davra.uz, mis en ligne le 1er juin, vient ainsi rejoindre la liste des près de quarante réseaux sociaux successivement lancés par le gouvernement du pays au cours des 16 dernières années — et dont seuls huit demeurent encore opérationnels.

Pourquoi donc multiplier les réseaux sociaux ? Tout simplement pour contrôler Internet, dénonce l’Institute of War and Peace, une organisation à but non lucratif basée aux États-Unis. En effet, au-delà de servir de vitrines publicitaires aux commerces locaux, ces réseaux sociaux sont aussi considérés par le gouvernement comme un moyen d’attirer les Ouzbeks sur des réseaux plus facile à surveiller et, au besoin, à censurer.

Et pour cause, comme le souligne le Guardian, le nombre d’Ouzbeks connectés a connu une croissance exponentielle depuis le début du siècle. De seulement 7500 utilisateurs en l’an 2000, ils sont maintenant plus de 12,7 millions, soit plus d’un tiers de la population totale du pays. De son côté, le gouvernement s’est toujours positionné de manière particulièrement ambiguë sur cette question, se félicitant à la fois de cette croissance, tout en devenant toujours plus méfiant, notamment à l’encontre des réseaux sociaux.

Il faut dire qu’ils ont la cote dans le pays. Selon J’son & Partners Consulting, une entreprise d’analyse des marchés, leur nombre d’utilisateurs a augmenté de près de 40% entre 2010 et 2014. La croissance la plus importante dans un pays de l’ex-URSS.

Faut-il alors vraiment s’étonner que le pays de l’inamovible président Islam Karimov, qui n’a pas lâché les rênes du pouvoir depuis l’accession à l’indépendance en 1991, adepte de la censure la plus stricte (aussi bien dans les médias traditionnels que sur Internet), n’ait décidé de créer son propre creuset high-tech ?

Tout comme dans le cas de Muloqot.uz, le réseau social ouzbek le plus populaire du pays (170 000 utilisateurs actifs), l’inscription au nouveau Davra.uz est obligatoire pour pouvoir accéder aux services. Quant aux données privées, qui sont censées être encryptées de manière sécurisée, elles sont pourtant stockées sur les serveurs d’Uztelecom, le premier opérateur télécom du pays, étroitement contrôlé par les hommes d’Islam Karimov. Selon les chiffres du gouvernement, le réseau social aurait déjà 6000 utilisateurs actifs.

On reste cependant bien loin des résultats de ses concurrents internationaux, qui, pour des raisons évidentes, leur sont souvent préférés pour envoyer des messages privés. Selon les chiffres de l’Internet World Stats, Facebook, le géant américain, comptabiliserait environ 450 000 utilisateurs actifs dans le pays, moitié moins que son homologue russe Odnoklassniki.

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