La Chine recourt au gangsta rap pour améliorer son image à l’étranger

 Le gouvernement chinois s’est offert les services d’un groupe de gangsta rap du nom CD Rev, dont certaines chansons ont par le passé véhiculé des idées comme la glorification de l’homophobie et des violences sexuelles, dans le but d’améliorer son image auprès des étrangers. Résultat de cette étrange collaboration : un clip en anglais à la gloire de la Chine intitulé « This is China ».

(Capture d'écran Youtube/ )
(Capture d’écran Youtube/ )

Quand la Chine choisit d’utiliser le gangsta rap comme instrument de soft power. Le Parti communiste chinois a en effet décidé de recruter un jeune groupe de gangsta rap chinois, CD Rev, pour enregistrer une chanson en anglais censée montrer au monde le vrai visage de la Chine, comme l’explique le Guardian.

Les quatre membres du groupe, la vingtaine à peine entamée, sont originaires de la ville de Chengdu, dont l’importante scène hip-hop s’est faite remarquer ces dernières années, dans le sud-ouest du pays. Jusqu’alors plutôt connus pour leurs slams provocateurs — allant parfois jusqu’à glorifier les comportements homophobes et les violences sexuelles —, ils viennent de sortir une piste en anglais, longue de quatre minutes, entièrement aux frais de la Ligue de la Jeunesse Communiste Chinoise, qui compte aujourd’hui quelque 70 millions de membres.

Intitulée « This is China », elle prend pour cible ce qu’elle appelle « les mensonges de l’occident » à propos du pays. « Je veux rétablir la perception que vous avez de mon pays, la Chine, qui a été précisément façonné par les médias depuis si longtemps », peut-on ainsi entendre en ouverture.

Interrogé par le Guardian, l’un des rappeurs, Wang Zixin, Chuckie de son nom d’artiste, a expliqué que le groupe a choisi d’utiliser la langue anglaise pour toucher directement le public occidental : « L’occident connaît mal la Chine, de la même manière que les Chinois ne connaissent pas le monde occidental. Nous avons besoin de communication ».

Sur leur compte Weibo officiel, les membres de CD Rev ont également lancé une attaque en règle contre les médias étrangers et l’image de leur pays qu’ils véhiculent : « […] si vous continuez d’apprendre à connaître la Chine par l’intermédiaire de médias étrangers comme CNN, l’AP et Reuters, la Chine que vous connaissez n’est certainement pas la véritable Chine ».

Les paroles de la chanson reviennent ainsi sur divers succès chinois de ces dernières années, comme l’ambitieux programme spatial, un meilleur accès à l’éducation pour tous, ou encore le prix Nobel de médecine décernée à Youyou Tu en 2015 pour ses travaux sur les maladies parasitaires.

Un certain nombre de problèmes chinois sont également abordés, comme l’insécurité alimentaire, la corruption ou encore la pollution atmosphérique, mais toujours en insistant sur le fait que le Parti est actuellement en train d’essayer d’y apporter des solutions. En revanche, pas un mot sur certaines des questions les plus susceptibles d’intéresser une audience occidentale, comme la censure, le Grand Firewall de Chine ou encore la politique chinoise au Tibet et en mer de Chine.

Chaque année, le Parti communiste, obsédé par son image depuis quelques temps — qui demeure contrastée —, dépenserait près de 9 milliards d’euros afin de promouvoir la vision du monde de Pékin dans les médias étrangers, nous apprenait The Economist il y a seulement quelques jours.

Pourtant, comme l’explique le Guardian, la décision de recourir au gangsta rap demeure pour le moins surprenante. En effet, rien que l’année dernière, le ministère chinois de la Culture ne s’est pas gêné pour censurer près de 120 chansons qui, selon lui, « trompettent l’obscénité, la violence, le crime ou endommagent la morale sociale ». La moitié d’entre elles provenaient de Chine ou de Taïwan.

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