Le réchauffement climatique est une bonne chose (pour la Russie)

(photo flickr/Christopher Michel)
(photo flickr/Christopher Michel)

Il reste quelques endroits sur Terre riches en ressources énergétiques et pourtant peu exploités. Bien souvent, s’ils n’ont pas encore été pris d’assaut par les multinationales pétrolières ou gazières, c’est soit parce que ces territoires sont protégés, soit parce qu’ils sont inaccessibles. Le pôle Nord a longtemps été épargné en raison de son appartenance à cette seconde catégorie. Une situation en train de changer à cause du réchauffement climatique et des nombreuses voies commerciales qui naissent au rythme de la fonte des glaces.

Car même s’il n’appartient à aucun État, le pôle Nord est convoité par huit pays qui lui font face et attendent le moment opportun pour tirer parti de ses eaux chaque jour plus vastes, abritant des centaines de millions de tonnes de pétrole. La Russie, qui a de loin la côte arctique la plus longue et les revendications les plus féroces, fait partie des coureurs favoris.

Une correspondante de la National Public Radio américaine, Mary Louise Kelly, s’est rendue à Mourmansk, plus grande ville d’Arctique et porte d’entrée sur la mer de Barents, où 400 millions de tonnes de pétrole seraient à disposition. Selon elle « la Russie a d’ores et déjà plus de brise-glaces que tous les autres pays réunis et elle continue d’en construire ». Il y a quelques semaines, la nation de Vladimir Poutine mettait à l’eau le plus grand brise-glace nucléaire du monde.

Outre l’accès à du pétrole et du gaz autrefois enfouis sous la glace, la fonte de la banquise permet des économies considérables aux entreprises de transport. Là où un porte-conteneurs mettait 33 jours pour relier Mourmansk à l’Asie en passant par le Canal de Suez, il en met désormais une vingtaine en passant par la northern sea route. Moins de temps en mer signifie plus de profit et – c’est le comble – moins d’émissions de gaz à effets de serre…

(via Hugo Ahlenius, UNEP/GRID-Arendal)
(via Hugo Ahlenius, UNEP/GRID-Arendal)

S’ajoute évidemment au volet économique – il ne fallait pas en attendre moins de la Russie – un volet militaire. « Ils remettent en service des pistes d’atterrissage soviétiques, des bases radar, des lignes de défense antiaérienne longue portée », a expliqué Pavel Felgenhauer, éditorialiste défense pour le journal Novaya Gazeta, à la correspondante de NPR. Sans parler de l’achat récent par l’armée russe d’hélicoptères spécialement conçus pour voler dans l’air glacial arctique, de la modernisation de la flotte russe de sous-marins nucléaires et du Trèfle arctique, cette gigantesque base russe de 14 000 m2 qui accueillera 150 soldats avant la fin de l’année. Des investissements militaires considérés comme une provocation et surveillés de très près dans les capitales européennes et à Washington, qui s’est empressée de renforcer elle aussi sa présence en Arctique comme nous vous l’expliquions en septembre dernier dans notre article “L’Arctique, nouveau nid d’espions américains”.

Le "Trèfle arctique" est la seconde base militaire conventionnelle construite par la Russie en Arctique ces dernières années. (photo ministère de la Défense russe)
Le “Trèfle arctique” est la seconde base militaire conventionnelle construite par la Russie en Arctique ces dernières années. (photo ministère de la Défense russe)

« Nous ne cherchons pas à dominer, seulement à coopérer. Nous ne cherchons pas de conflits ou de confrontations en Arctique », a rétorqué Vladimir Barbin, Ambassadeur russe en Arctique, à Mary Louise Kelly. Une vision partagée partout en Russie, par les pro-Poutine et les autres, selon laquelle ce n’est pas la Russie l’agresseur, mais l’OTAN, explique la journaliste. « Il y a un nouveau rideau de fer, mais ce ne sont pas les Russes qui l’ont construit », assène par exemple un animateur radio de Mourmansk à la journaliste américaine.

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