Canada : Boire un litre de vin par jour pour lutter contre l’alcoolisme

Une étude menée par des chercheurs canadiens tente de prouver qu’en distribuant une dose d’alcool régulière à des sans-abris alcooliques, dans un espace sécurisé, leur consommation diminue et avec elle leur addiction. Le Managed Alcohol Program (MPA) met actuellement en application les travaux des chercheurs dans un hôtel d’Ottawa transformé pour accueillir des sans-abris. Une méthode qui scandalise les abstinents convertis.

(Photo Flickr/Ross G. Strachan)
(Photo Flickr/Ross G. Strachan)

Traditionnellement, l’alcoolisme se guérit en arrêtant la consommation d’alcool. Au centre Oaks d’Ottawa, les résidents – des alcooliques chroniques – se voient pourtant attribuer des doses de vins de manière régulière, afin de les aider à lutter contre leur addiction. Cette approche, qui peut sembler absurde et totalement contre-productive au premier abord, a néanmoins des bienfaits relatifs, détaille une étude menée par des chercheurs de l’Université de Victoria au Canada.

L’ancien hôtel reconverti en centre d’accueil a ouvert ses portes en 2010, neuf ans après la création du MPA, une méthode censée aider les alcooliques à s’affranchir de l’emprise de l’alcool. Les créateurs du programme sont persuadés que la guérison de cette dépendance ne passe pas obligatoirement par l’arrêt complet et radical de la boisson, mais part le contrôle de sa consommation.

Le centre d‘Ottawa a été créé pour subvenir aux besoins des sans-abris qui ont essayé à de multiples reprises de se libérer de leur addiction, mais ont échoué. L’étude réalisée par les chercheurs de Victoria démontre que les associations d’alcooliques anonymes ou les centres de désintoxication et l’abstinence qu’ils préconisent n’est pas adapté à toutes les formes de dépendances.

Le “traitement” proposé par le centre Oaks est relativement simple, les pensionnaires se voient attribuer toutes les 90 minutes une dose de vin blanc ou rouge, relate un article de la BBC. Dès 8 heures du matin, 200 ml de vin leur sont proposés puis 140 ml toutes les heures et demie. Chaque jour, les 50 alcooliques consomment donc 1,124 litre de vin, dans la mesure où ils ne montrent pas de signes d’ivresse : « Cela n’arrive pas souvent, mais s’ils sont ivres, je leur demande d’aller dans leur chambre et de faire une sieste », a déclaré Lucia Ali, une employée de l’institut Oaks, à Linda Pressly, journaliste à la BBC.

L’expérience a présenté des effets positifs sur le mode de vie de ces addicts, leur comportement ainsi que leur consommation. L’étude des chercheurs de Victoria a dévoilé une baisse du nombre d’altercations avec la police, une réduction de 70% du nombre d’entrées en centre de désintoxication ainsi qu’une diminution de 47% des admissions dans les hôpitaux, rapporte un article de Global News. Certains addicts du centre Oaks ont quant à eux déclaré à Linda Pressly avoir vu leur consommation changer : « Dehors, dans la rue, je buvais du bain de bouche et de la laque. Cela avait mauvais goût, mais la seule chose que je voulais c’était en ressentir les effets. Je ne bois plus ce genre de produits – cela me rend malade rien que d’y penser. Et je bois beaucoup moins ici », lui révélait Élisa Pewheoalook.

Malgré ces progrès, nombreux sont les détracteurs de la méthode prônée par le centre Oaks, notamment au sein du milieu médical et de la communauté des alcooliques repentis. À leurs yeux, il n’existe pas d’alternatives à l’abstinence, rapporte la BBC. Dave Boreham, un alcoolique aujourd’hui sobre depuis 5 ans, ne croit pas en cette approche, il la trouve même dangereuse : « Si cela peut sembler vraiment bien sur le papier , dans les faits c’est grotesque à bien des égards. Vous donnez un verre à un alcoolique, je vous assure qu’il va en vouloir plus. Il ne va pas pouvoir se limiter à un seul. Ce n’est que mon opinion, mais vous ne pouvez pas donner de l’alcool à un alcoolique et espérer qu’il guérisse. », des propos rapportés par Global News.

Près de quinze ans après sa création, la méthode MPA doit donc encore faire ses preuves auprès d’abstinents convaincus, qui craignent replonger un jour, s’ils s’autorisent ne serait-ce qu’un verre. Le programme MPA, comme nous l’évoquions plus haut, a le mérite d’apprendre aux malades qui le suivent à contrôler leur addiction et leur consommation d’alcool.

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